LE PASSE DES TERRITOIRES : KOSOVO-METOHIJA (XVIIIe-XXe SIECLE)

Les guerres du XVIIIème siècle : sous le signe de l'intolérance religieuse

La période qui a suivi la Grande Migration serbe de 1690 marque le début d'une importante immigration albanaise sur les terres désertées du Kosovo-Metohija. Dans les trois guerres suivantes entre l'empire des Habsbourg, les Serbes, toujours alliées de l'armée de l'empereur de Vienne, ont fomenté de vastes soulèvements. Tandis que dans le nord du pays où la population serbe était plus homogène et la frontière d'Autriche proche, ils eurent plus de succès, les soulèvements déclenchées dans le sud, au Kosovo-Metohija, furent toutes, sans exception étouffées dans le sang. Pendant la guerre de 1716-1718, l'insurrection de Vucitrn (fin 1717), fut rapidement maîtrisée: l'armée autrichienne, aidée par les milices Serbes, n'était pas parvenue Kosovo-Metohija. Après cette guerre, les Albanais musulmans ont collectivement garanti à la Sublime Porte la sécurité des régions situées le long de la nouvelle frontière ver l'Autriche. Conformément aux clauses du traite de Passarawitz (Pozarevac) de 1718, la frontière s'étendait le long de la rivière Morava - au nord du Kosovo. D'autre part, les Albanais musulmans obtiennent les mains libres pour pacifier de la manière qui leur convenait les régions serbes révoltées. Soumis à de terribles persécutions, une partie des Serbes se convertient à l'islam. D'autres se trouvèrent parmi les notables Albanaises des protecteurs qui en leur accordant le statut de serf (kmet) garantissaient la sécurité de leurs propriétés et de leurs vies. Enfin, une autre partie des Serbes se réfugièrent dans les régions avoisinantes, hors de portée des unités albanaises.

 

La guerre austro-turque (1737-1739) gagnée par les Turcs, ramena la frontière avec l'empire des Habsbourg à la Save et au Danube. L'insurrection des 10.000 Serbes du Kosovo, aide par les tribus monténégrines voisines, se termina, après la défaite d'armée autrichienne, par une nouvelle migration des Serbes en 1739. Avec les milices Serbes qui conduisait le patriarche Arsenije IV Jovanovic-Sakabenta, émigrèrent aussi les valeureux guerriers des tribus albanaises catholiques Klimenti (Kelmendi), qui avec des tribus Gruda et Hoti, s'étaient battu aux cotés des troupes habsbourgeoises. Le nombre des émigrés n'a pas été exactement déterminé, car après la chute de Belgrade, tous passèrent sur la rive autrichienne du Danube, en des points différents et vagues successives, opérations qui prirent plusieurs mois. Tous ensemble, ils s'installèrent sur une large ceinture frontalière face à l'empire ottoman, dans la partie sud de la Hongrie (l'actuelle Voïvodine).

 

Les désordres au sein de l'empire ottoman et la migration des Serbes favorisé la colonisation de grands clans albanaises qui sont venues par vagues successives s'implanter dans les plaines fertiles du Metohija et Kosovo : ils ont occupé les anciennes propriétés des mineurs et se sont installés sur les terres et les pâturages abandonnés. Déjà islamisés, ils deviennent rapidement la classe dominante au sein de laquelle se recruteront en XIXème siècle les administrateurs locaux et les fonctionnaires militaires. Parmi les grand familles albanaises, les plus remarquables furent les Begolli (Mahmutbegovic) à Pec, Djinolli (Dzinic) dans la région de Pristina, et Rotulli (Rotulovic) en Prizren. Dès cette époque, la condition imposée par les Turcs aux tribus des Malisia qui venaient s'installer dans Metohija - était leur conversion à l'islam.

 

La période marquée par la dernière guerre austro-turque (1788-1791) a détruit tout espoir pour rétablir, avec l'aide de l'Autriche, un Etat serbe indépendant dans l'espace entre Belgrade et Skopje. Le retrait des armées autrichiennes s'étant effectué rapidement, les grands mouvements populaires n'ont pas touché les parties méridionales de la Serbie, y compris le Kosovo. Le traité de Sistowa (1791) prévoyait l'amnistie des serbes, mais les Albanais musulmans, soit comme rebelles, soit comme soldats dans les unités armées des pachas au Kosovo, ont continué à piller la population chrétienne. L'autorités locales n'avait pas les moyens de les en empêcher. La marée d'intolérance religieuse qui, consécutive aux hostilités entre les empires russe et ottoman, a touché également la Serbie, a entraîné la déchristianisation et l'islamisation. La suppression du patriarcat de Pec (1766), don les riches possessions terrains étaient convoitées de longue date par les beys albanais, a stimulé une dernière vague d'islamisation parmi les Serbes du Kosovo-Metohija.

 

Dechristianisation, islamisation, albanisation

 

L'islamisation a d'abord touché les régions où les Albanais immigrés étaient les plus nombreux, la où les familles chrétiennes étaient soudain devenues une minorité menacée. Jusqu'à l'immigration des Albanais au XVIIIème siècle, si l'on en juge d'après les defters (registrés) ottomans, l'islamisation des Serbes était faible et de peu d'envergure. A partir de la seconde moitié du XVIIIème siècle, on note de plus en plus de conversions à l'islam. La conversion était considérée comme un mal inévitable pendant les périodes de guerres et des représailles qui les suivaient; il y a peu de conversions pour des raisons lucratives. les premières générations de Serbes islamisés conservaient leur langue, et continuaient à célébrer secrètement les anciennes traditions chrétiennes (la slava, les fêtes de Pâques, et plus rarement Noël). Après quelques générations, vivant dans un environnement majoritairement albanais, les Serbes convertis adoptent progressivement le costume albanais, et hors de cercle strictement familial, ils commencent à utiliser la lange albanaise. Il se crée ainsi une forme spécifique de mimétisme social où pour des raisons de protection personnelle, sont adaptés les signes extérieurs du groupement politique dominant. L'albanisation des Serbes islamisés commençait généralement à la troisième génération après leur conversion. Le fait d'épouser des femmes des familles albanaises faisait que ces convertis entraient dans la communauté les clans albanaises. Cependant, les différences entre les Albanais-musulmans et les Serbes islamisés n'étaient pas insignifiantes : on les retrouvait toujours facilement dans leur langage, leurs coutumes et leur habillement. Les Serbes orthodoxes ont longtemps appelé leur compatriotes islamisés, puis albanisés, du nom de Arnautasi (les Albanisés), jusqu'à ce que, au bout de plusieurs générations, le souvenir de leur origine slave se soit perdu.

 

Dans certaines régions, notamment en Metohija, les différenciations entre les Albanais et les Arnautasi étaient plus évidentes que dans d'autres. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, comme en témoignent de nombreux voyageurs européens et serbes, les Arnautasi ont conservé, outre des coutumes chrétiennes, leurs anciens noms de famille : dans la région de Pec, ils continuent à s 'appeler Stepanovic, Bojkovic, Djekic, Lekic, Stojkovic etc.; dans la région voisine de Drenica ils se nomment Djokic, Velic, Marusic, Zonic, Racic, Gecic. Dans les régions de la Haute Morava et de Izmornik (nord du Kosovo), les plus anciennes conversions à l'islam remontent aux premières décennies du XVIIIème siècle, tandis que les plus récents et les moins nombreuses datent des années 70 du XIXème siècle. Les toponymes slaves de la plupart des villages où vivent les Arnautasi indiquent que dans les siècles précédents, leur population était slave et orthodoxe. Les cimetières orthodoxes, dans lesquels étaient enterrés les Serbes, étaient gardés contre d'éventuelles profanations par les Albanis-musulmans, souvent des Arnautasi. Ce derniers savaient que dans ces cimetières reposaient leurs ancêtres. Des recherches sur l'origine des familles albanaises, effectues pendant années 30 du XXèeme siècle indiquent qu'environ 30% de la population totale du Kosovo-Metohija est d'origine slave.

La différenciation religieuse entre les Serbes orthodoxes et les Albanais musulmans (95% en Kosovo-Metohija) devient une ligne de partage bien nette à la veille du réveil des nationalismes. La mimétisation sociale ne parvient pas à abroger les différences. La réalité sociale se transpose sur le plan de l'appartenance religieuse : de nombreux Albanais du Kosovo-MEtohija considèrent que l'islam est la religion des hommes libres, et le christianisme, particulièrement l'orthodoxie, la religion des esclaves. Cette conception reflète les convictions profondes des Albanais, comme l'ont noté plusieurs consuls européens un siècle plus tard et même au début de XXème s. Le consul de France à Skoplje (Üsküb) a noté en 1908 : "Les musulmans d'origine albanaise [...] sont cependant fanatiques et leur fanatisme se base sur la conviction que l'Islam est la religion des gens libres et des patrons tandis que le christianisme est la religion des esclaves". En même temps, chez les Albanais-musulmans, profondément marqués par la traditions d'ordre mystique des bektashi, la religion n'est qu'un moyen de promotion sociale : beaucoup plus puissant que la religion est le sentiment de leur appartenance ethnique ressortant de la tradition tribale et patriarcale.

 

Des conversions individuelles à l'islam ont été notées dans la deuxième moitié du XIXème s., notamment au moment de la guerre de Crimée (1853-1856), mais à cette époque s'accélère aussi le processus d'émigration : des familles serbes, quelquefois même des villages entiers, émigrent vers les deux principautés serbes voisines : la Serbie et le Monténégro. Le Monténégro qui n'avait jamais été totalement soumis par les Ottomans, bien que pauvre, était le refuge naturel des nombreux réfugiés venant des régions menacées par l'anarchie, comme le Kosovo-Metohija. La Serbie septentrionale, devenue, à partir de 1830, une principauté autonome au sein de l'empire ottoman, était un centre d' émigration pour tous les chrétiens qui vivaient au sud, à l'ouest et à l'est de ses frontières. Les Serbes du Kosovo-Metohija avaient donc, la possibilité d'émigrer, pour fuir d'une anarchie croissante.

 

Les régions montagneuses au-dessus de Prizren dénommées Gora se sont convertis à l'islam vers la fin du XVIIIème s. et au début du XIXème; leurs habitants islamisés tardivement, ont conservé longtemps leurs coutumes chrétiennes. De ce fait, ils ne se sont pas fondus dans le milieu albanais, car dès 1912, en même temps que le Kosovo-Metohija, ce région était libérée des Turcs et rattachée au Royaume de Serbie. Les Goranci ne sont donc pas devenus des Albanais. Bien que leur costume et leurs coutumes se rapproche de celui des Albanais, et bien que leur noms aient été albanisé, il ne se considèrent ni comme des Albanais, ni comme de Serbes : leur langue est pourtant uniquement le serbe et ils se donnent le nom de Goranci.


  

Nationalisme, religion, Etat

L'aube du nationalisme dans les Balkans a été annoncée par l'insurrection de Karadjordje (George le Noir) en 1804. Celle-ci, die serbische Revolution, comme l'a surnommée L.Ranke, portait les aspirations pour la création d'un Etat national fondé sur la petite propriété paysanne et sur l'ordre démocratique qui en découlait. Réveillant tous les chrétiens des Balkans, la révolution serbe (1804-1813) est entrée dans un conflit irréductible avec l'empire ottoman. Pour la défense de l'empire se sont immédiatement levés les musulmans des Balkans : les Albanais et les musulmans de Bosnie. Le vieux conflit religieux porte maintenant un nouveau contenu explosif - le nationalisme. Le Kosovo-Metohija est gouverné par les pachas albanais rebelles, tandis que les beys musulmans régnant en Bosnie ; tous désirent le maintien de statu quo qui leur garantit les privilèges dont il jouissent. Les uns et les autres persécutent les chrétiens insurgés, mais ils entrent bientôt en conflit avec les sultans réformateurs qui voient le salut de leur empire dans sa modernisation à l'européenne.

 

La participation des serbes du Kosovo-Metohija aux insurrections de la Serbie centrale a pour conséquence leur émigration forcée, la destruction des églises orthodoxes, la persécutions et l'assassinat des moines. L'écrivain français H. Pouqueville fut témoin de l'anarchie et des persécutions infligées aux chrétiens de région de Pristina. Au Kosovo-Metohija règnent les pachas albanais rebelles à la tête de leurs armées privées. Les sultans réformateurs notamment Mahmoud II (1808-1839), envoient des expéditions punitives pour rétablir l'ordre et l'obéissance à Sublime Porte. Les Serbes du Kosovo ont adressé de nombreuses suppliques pour demander la protection des empereurs de Russie, protecteurs officiels des chrétiens orthodoxes dans l'empire ottoman jusqu'au traité de Paris (1856).

Progressivement, les Serbes, avec l'aide décisive de l'empire russe, slave et orthodoxe, obtiennent leur autonomie (1830); lentement mais sûrement ils s'acheminent vers la création d'un Etat selon le modèle français de l'Etat-nation. Leur nationalisme est sécularisé, il découle d'une matrice culturelle (langue commune et tradition nationale), qui essaie de dépasser des différences confessionnelles, avec des tendances évidents vers des solutions libérales découlant de l'homogénéité sociale de la population en majorité (90%) agraire. La Serbie préparent des plans pour un soulèvement général des chrétiens des Balkans, envisagent même la création d'une sorte de fédération balkanique : ce plans tiennent compte de l'éventuelle participation des Albanais, aussi bien musulman que catholiques. Ilija Garasanin, principal artisan de la politique extérieure de la Serbie à partir de 1844, établit dès l'année suivante des contacts avec les chefs albanais d'Albanie du Nord, et à l'époque d'alliance balkanique (1866-1868), il établit de nouveau, par l'intermédiaire des missionnaires catholiques, des relations avec les chefs d'Albanie centrale.

 

Le nationalisme albanais de développe, à part une certaine solidarité ethnique, dans les circonstances défavorables: l'organisation tribale, la ségrégation religieuse et sociale assurent la domination des couches conservatrices de propriétaires terrains et des chefs de tribus. Afin de défendre leurs anciens privilèges, les Albanais, comme les musulmans de Bosnie, deviennent au sein d'un empire décadent, un frein à sa modernisation selon le modèle européen. Encadre dans la civilisation ottomane, en majorité musulman (70%), impuissant à conformé leurs privilèges avec les tendances des nations modernes, les Albanais se meuvent jusqu'à la crise d'Orient (1875-1878), dans un cercle vicieux : entre loyauté envers l'empire ottoman et la défense de leurs intérêts locaux, c-à.d. la résistance aux mesures prises par Constantinople. Leur grand soulèvement en 1844, qui impliquait aussi une partie du Kosovo, n'a été maté qu'après une intervention décisive des troupes régulières. Des soulèvements de moindre envergure, accompagnés de violence contre les chrétiens et d'incendie des leurs quartiers dans les villes principales, sévissent à nouveau dans le Kosovo-Metohija dans les années soixante (1864, 1869).

L'intégration nationale albanaise ne reposait ni sur une unité culturelle, ni sur des principes libéraux européens. Le nationalisme albanais était ethnique, mais profondément marqué par le poids des traditions conservatrices de l'islam. En même temps, il retardait de plus d'un demi-siècle sur les autres nations balkaniques dans la définition de ses aspirations. Les Albanais, comme les autres "verpätete nations" confrontés aux nationalismes rivaux cherchent un appui à l'extérieur et cherchant les solutions radicales. Le Kosovo-Metohija sont particlièrement important pour les Albanas à cause de leur situation géopolitique: la proximité de la Serbie et le Monténégro.Là, même que dans la Macédoine occidentale, où les Serbes et les Albanais se côtoyés dans les conditions de dégradation des pouvoirs locaux et d'une stagnation sociale rampante, règnait l'anarchie. Les pérsecutions contre les Serbes chrétiens sont un phénomène quotidien, comme en témoigne une vaste documentation d'origine rusee et serbe.

Le décroissement de la population relatif à l'anarchie et aux émigrations, était compensé par une natalité élevée. Les serbes, tout comme les Albanais, vivaient dals des zadrouga qui comptaient de 20 à 80 personnes.K Le boulversement démographique était évident dans la structure de la population urbaine. Selon l'historien russe A. F. Hilferding en 1858, la ville de Pec comptait 4.000 familles musulmans et 800 familles chrétiennes; Pristina 1.200 familles musulmanes et 300 orthodoxes; Prizren 3.000 familles musulmanes, 900 orthodoxes et 100 catholiques.

 

La composition ethnique de la Vieille Serbie (Kosovo-Metohija, Sandjak de Novi Pazar, Macédoine du nord-ouest), selon les sources militaires austro-honroises était la suivante: 318.000 Serbes: 161.000 Albanais, 2.000 Ottomans, 10.000 Valaques, 9.000 Tcherkesses et Gitans. Du point de vue de la religion ils se répartissaient en : 250.000 orthodoxes, 239.000 musulmans et 11.000 catholiques.

 

Un boulversement démographique de grande envergure se produit pendant la crise d'Orient (1875-1878) qui a provoqué un déplacement de population de près d'un million d'habitants dans les Balkans. Une défaite de Serbie dans la première guerre contre les Turcs (1876), est suivie par une seconde campagne militaire (1877-1878) avec l'alliance de la Russie.

L'armée serbe est arrêtée près de monastère Gracanica, aux environs de Pristina. L'armistice russo-turque signé à Adrianople (janvier 1878) obligée les troupes serbes de se retirer du Kosovo. Cependant, les députations serbes du Kosovo-Metohija envoyaient régulièrement au Congrès de Berlin, au tzar de Russie et au prince de Serbie des sollicitations pour que la Vieille Serbie soit réunie à la Principauté de Serbie, dont l'indépendance était reconnue par les grands puissances même que celle du Monténégro.

 

Environ 30.00 Albanais provenant des territoires libérées e la sandjak de Nis (l'actuelle Serbie méridionale) viennent s'installer dans le Kosovo-Metohija, en partie sur l'invitation du sultan qui leur demandait de quitter les terres perdues pour l'islam et en partie sous la pression des autorités militaires serbes. De grandes persécutions en ont résulté, car les Albanais se vengeaient sur les Serbes du Kosovo-Metohija pour la perte de leurs domaines qu'ils avaient dû abandonner. Des dizaines de milliers de Serbes ont alors émigré de Kosovo (la region de Lab) vers les territoires libérés par les armées serbes.


A l'ombre du conflit austro-serbe

 

La Ligue albanaise, formée en 1878 à Prizren, réclamait la solution de la question nationale dans le cadre de l'empire ottoman; au sein de la direction et parmi les forces politiques qui constituaient la Ligue, prédominaient les classes de musulmans conservateurs, avec à leur tête les beys et les chefs de tribus. Ils liaient la question des Albanais à celui du statut de la Bosnie-Herzégovine et du Sandjak de Novi Pazar. Environ 16.000 soldats de la Ligue se sont opposés par les armes aux décisions du Congrès de Berlin demandent que tout les territoires perdues dans la guerre soient rendus à la souveraineté du sultan et que quatre vilayets - su Kosovo, Scutari, Janina et Monastir (Bitola) - soient réunis en un vilayet albanais au sein de l'empire ottoman. cependant, les Albanais n'étaient majoritaires que dans deux vilayets, celui de Scutari et de Janina.

 

Dans le vilayet de Kosovo (constitué en 1877) qui comprenait au début l'ensemble de la Vieille Serbie, avec Pristina (jusqu'en 1888) ensuite jusqu'en 1912 avec Skoplje comme siège, les Albanais constituaient au temps de la Ligue moins de la moitié de la population. A la veille des guerres balkaniques, dans le vilayet de Kosovo s'étendant sur les environ 24.000 km2, il y avait six sandjak : Skoplje, Pristina, Pec Sjenica, Taslidja (Pljevlje), tandis que le sandjak de Prizren qui appartenait qu vilayet de Monastir (Bitola) fut à nouveau inclus dans le vilayet de Kosovo en 1897. Comme auparavant, le Kosovo-Metohija ne constituaient qu' une partie de cette grande entité: il englobent à peu près les sandjaks de Pec, Pristina et Prizren.

 

Mécontente des concessions que la Porte avait consenties au concert des puissances européennes, la Ligue albanais veut alors rompre tout lien avec Constantinople. Afin d'empêcher une éventuelle complication internationale, le sultan Abdulhamid II (1876-1909) met fin à l'ensemble du mouvement albanais par son action militaire de 1881. Commence alors l'internalisation de la question albanaise, jusqu'aux guerres balkaniques (1912-1913) se développera sous deux aspects.

 

Primo, sous la signe d' une nouvelle loyauté envers la Sublime Porte qui, par sa politique du panislamisme encouragera les Albanais musulmans à entrer en conflit avec les chrétiens qui menacent la sécurité intérieure de l'empire ottoman et du coup encouragent les aspirations territoriales des Etats balkaniques limitrophes. Les persécutions et les violences des Albanais contre les Serbes au Kosovo-Metohija et contre les Slaves en Macédoine sont un des aspect de la politique du panislamisme du Abdulhamid II.

 

Secundo, en recherchent un soutien auprès des grandes puissances qui, dans leur désir de dominer les Balkans, peuvent aider les aspirations albanaises - l'Autriche-Hongrie et l'Italie. Après l' occupation de Bosnie-Herzégovine (1878), Autriche-Hongrie désir s' infiltrer plus profondément dans les Balkans, vers le golfe de Salonique. Dans les Albanais du Kosovo-Metohija et de la Macédoine occidentale, la Double Monarchie voit un pont qui lui permettra de pénétré dans la vallée du Vardar. Pour cette raison, l'Autriche-Hongrie encourage les Albanais à résister aux autorités ottomanes et à affronter les Serbes.

Les persécutions des Serbes prennent des proportions inquiétantes : environ 60.000 Serbes, selon les statistiques du gouvernement serbe, se réfugient en Serbie entre 1890 et 1898; en 1899 le gouvernement serbe entreprend une large action auprès de la Porte pour la protection de ses compatriotes persécutés en Vieille Serbie (vilayet de Kosovo). Le gouvernement serbe édité un "Livre Bleu" en serbe et en français où il publie sa correspondance officielle avec la Porte, et cite environ 400 exemples précis d' actes de violence perpétrés par les Albanais musulmans. Mais, l' Autriche-Hongrie - qui exerçait une forte influence sur la dynastie des Obrenovic régnant en Serbie - s'oppose à ce que la documentation préparée soit soumise et tant que document officiel à la Conférence internationale de la paix à la Haye en 1899. Les persécutions contre les Serbes du Kosovo-Metohija perpétrés par les rebelles albanais au croisement des deux siècles ont été relatées par les écrivains français Victor Bérard et George Gaulis.

 

L'action des reformes des grandes puissances (1903-1908) don le but était de protéger les chrétiens menacés dans les vilayets de Turquie d'Europe à ignoré le Kosovo-Metohija qui, sur le demande de la Double Monarchie, ont été exclus des reformes. Après la révolution des Jeunes Turcs en 1908, qui a suscité une courte période d'espoir, la situation des chrétiens s'est de nouveau dégradée, notamment dans le vilayet de Kosovo.

 

Par suite des pressions qu'ils subissent et de leur émigration constante, les Serbes sont de moins en moins nombreux au Kosovo-Metohija. A la veille des guerres balkaniques, les Albanais constituent la majorité de population en Metohija (région de Pec, Prizren et Djakovica), et les Serbes étaient majoritaires dans la région du Kosovo proprement dite (entre Mitrovica, Pristina et Gjilane). On comptait en tout 390.000 Albanais et 207.000 Serbes. Cependant sir les territoires de Vieille Serbie, dont le Kosovo-Metohija constituent une partie, les Serbes ont toujours la majorité relative au sein de la mosaïque de peuples : les Albanais, les Turcs, les Slaves de Macédoine, les Slaves musulmans, les Tziganes, les Juifs, les Tcherkesses, etc...

La manière dont Vienne, dans son conflit avec le piedmontisme serbe - "la menace grand-serbe" - s'est servie du mouvement albanais contre Serbes du Kosovo-Metohija ressemble à la manière utilisée par la Russie à l'époque de la révolution serbe pour essayer de manipuler la question serbe dans ses guerres avec l'empire ottoman, mais les résultats ont été différents. les Serbes se sont libérés rapidement de la tutelle russe en créant, malgré beaucoup de difficultés, un Etat moderne doté d'un parlement qui déterminait sa propre politique nationale. Les Albanais ont reçu de Vienne un cadre important pour leur émancipation culturelle ultérieure (diverses grammaires avec les lettres latin et signes pour sons sourdes de la langue albanaise, recueils d'histoire, l'armoires nationales, et la théorie de l'origine prétendu illyrienne des Albanais) , mais le prix en a été l'entrée dans un conflit permanent avec la Serbie et le Monténégro.

 

Ces deux Etats serbes, bien que peu confiant dans le mouvement national albanais, avaient essayé a plusieurs reprises d'établir une collaboration et d'essayer de résoudre leurs conflits mutuels en évitant l'ingérence des grandes puissances. Leurs soutien aux soulèvements albanais en 1910-1912, illustrent bien ces efforts. A la veille de la première guerre balkanique, Nikola Pasic, le premier ministre serbe, avait proposé aux Albanais du Kosovo-Metohija une autonomie culturelle dans le cadre de la Serbie; il leur garantissait l'usage de la langue albanaise, l'ouverture d' écoles, ainsi qu'une représentation proportionnelle au parlement serbe.

 

Cependant, malgré ces propositions, les Albanais préféraient lier leur plans politique dans des liens avec Constantinople et avec Vienne. Les insurrections albanaises, entrainant la détériorations des conditions de vie pour les chrétiens, ont haté la création de l'alliance balkanique (la Bulgarie, la Greèce, la Serbie et le Monténégro) qui, en octobre 1912 entrprennent une action militaire commune contr l'empire ottoman. Au bout de deux semaines de guerre, le Kosovo était libéré par l'armée serbe, et la Metohija par l'armée monténégrine. Les serbes ont accueilli l'arrivée des soldats serbes comme une libération après cinq siècle d'esclavage turc, tandis que les Albanais l'ont accueillie comme une force d' occupation. Les dirigeants du mouvement albanais au Kosovo-Metohija (Bairam Curri, Isa Bolletini, Hasan Prishtina) ont fui en Albanie, où, sur l'initiative de Vienne était proclamée une Albanie indépendante (28 novembre 1912 à Valone).

 

L'introduction de l'Albanie dans la chaîne des pays qui, sous le patronat de l'Autriche-Hongrie, tentent de détruire l'indépendance de la Serbie et du Monténégro, a renforcé chez les Serbes la conviction qu'il était indispensable d' avoir une accès sur la mer Adriatique dans la partie septentrionale de la cote albanaise, et, plu tard, d'empêcher la constitution d'un Etat indépendant albanais. Après la libération du Kosovo-Metohija les troupes serbes passent en Albanie afin d'assurer la possession d'un port sur la côte adriatique pour le commerce de leurs produits. Au bout d'une dizaine de jours, en novembre 1912, sans avoir rencontré une grande résistance, les Serbes occupent Allesio, Tirana et Durazzo.

 

La conférence des ambassadeurs des grandes puissances réunie à Londres (1912-1913) décidé, sur l'insistance de l' Autriche-Hongrie, - qui avait décrété la mobilisation partielle et menacé Belgrade de déclarer la guerre - la Serbie est obligée de se retirer des côtes albanaises, et les troupes monténégrines d'évacuer Scutari. La diplomatie viennoise s' employait pour le rattachement à l' Albanie de certaines villes de Kosovo-Metohija et de Macédoine afin de créer un contrepoids à la Serbie, mais ses revendications n'ont pas été adoptées grâce à l'intervention des diplomaties russe et française à Londres en 1913. Le Kosovo q été intégré à la Serbie et la Metohija (de Istok et Pec à Decani et Djakovica) au Monténégro.

 

Durant la Grande guerre, le Kosovo-Metohija est une région troublée où les officiers austro-hongrois et jeune turc tentent d' introduire des unités albanaises, essayent en vain de provoquer une insurrection de la population albanaise. Après la défaite de la défense serbe et monténegrine en hiver 1915 et l'évacuation à Corfou de l'armée serbe qui avait traversé l' Albanie (fin 1915-début 1916), le Kosovo-Metohija, comme la plupart des regions de la Serbie, subissent l' occupation austro-hongroise.(Une partie de Serbie y compris région de l'est du Kosovo a été placée sur l'occupation bulgare).

 

Avec la percée du front d'Orient en automne 1918, les troupes françaises et serbes, sous le commandement du général Franchais d'Esperey, libèrent le Kosovo-Metohija. Comme leur parti intégrante, Kosovo-Metohija avec la Serbie, entre en Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, crée avec les terres yougoslaves de l'Autriche-Hongrie, en Belgrade, le 1 décembre 1918 ( rébaptiser en 1929 à Royaume de Yougoslavie).

 

A l'ombre du conflit italo-yougoslave

 

Le rôle de protecteur de l'Albanie et de defenseur des intérêts albanais est dévolu à une nouvelle puissance régionale - l'Italie. Celle-ci poursuit la même politique : attiser le conflit serbo-albanais, qui devient maintenant un conflit avec la Yougoslavie, pour s'assurer la prédominance sur la côte orientale de l'Adriatique. Le Kosovo-Metohija fut une province frontalière troublée où opèrent des unités albanais du Comité du Kosovo, une organisation d'émigrants albanais luttant pour une "Grande Albanie" et financée par le gouvernement italien. Les Albanais sont une minorité en Yougoslavie, et ils éprouvent de l' inimitié envers l'Etat que gouvernent ceux qui, jusqu'à hier, étaient leurs serfs.

 

Les beys albanais qui dirigent les Albanais du Kosovo-Metohija négocient avec Belgrade le maintien de leurs privilèges, sans se soucier de faire reconnaître pour leurs compatriotes les droits des minorités correspodants. Le statut de minorité pour les Albanais n'est pas garanti dans le Royaume de Yougoslavie par un système de protection internationale : sur l'insistance de Nikola Pasic, le point 9. du Traité de Saint Germain (1919), excluait de ce système les territoires qui se trouvaient dans les frontières de la Serbie au 1er janvier 1913, donc le Kosovo-Metohija et la Macédoine slave.

 

La Constitution du Vidovdan (St.Guy) de 1921 garantissait aux Albanais l'utilisation de la langue maternelle dans les écoles primaires, mais cette langue était surtout utilisée dans les institutions religieuses islamiques, selon la tradition que cultivaient leurs dirigeants politiques, les beys consevateurs et les chefs de tribus, réunis, avec les Turcs, dans le parti Djemiyet.

 

Belgrade répondait aux provocations venant de l'autre rive de l'Adriatique par deux séries de mesures : sur le plan intérieur, la suppression des rapports féodaux (1919), et la modernisation de l'économie. Parallelement, on procède à la répopulation du Kosovo-Metohija (la population serbe en provenance des régions montagneuses passives de l'Herzégovine, du Montenegro, de la Bosnie et de la Krajina - l'ancien Confins militaires en Autriche-Hongrie), afin de rétablir l'équilibre démographique qui avait été détruit par des siècles d'occupation ottomane et afin de garantir la ceinture frontalière avec l'Albanie; c'est pourquoi les colons fut la cible constante des attaques des unités albanais venant d'Albanie.

 

Les nouveaux colonistes se voyaient attribuer des terres appartenant à l'Etat, des terres non cultivés, des forêts et une petite partie es terres des rebelles en fuite, soit environ 5% des terres alors cultivables. Il y a eu deux vagues de colonisation : la première entre 1922 et 1929, la seconde entre 1933 et 1938 sur 120.672 hectares (environ 15,3% du fonds terrain du Kosovo-Metohija). S'y installèrent 10.877 familles (environ 60.000 personnes); 99.327 hectares qui avaient été prévus pour les nouveaux immigrants n'ont pas été distribués. On avait édifié pour leur usage 330 agglomérations avec 12.689 maisons, 46 écoles et 32 églises orthodoxes. Les Albanais se sont vu reconnaître la propriété des terres qu'ils cultivaient ou pour lesquelles ils avaient les "actes de propriété" d'époque turc, mais il y eut par intermittence des tensions concernant la propriété des grands domaines sur lesquels les beys prétendaient avoir les droits, sans en posséder les preuves juridiques légales.

 

Sur le plan de la politique extérieure, le Royaume de Yougoslavie aiguillonné par l'action de l'Italie rivale, réagit en s' ingérant dans la politique intérieure des luttes des différents clans et les forces politiques et organisant, avec l'appui d' Ahmed Zogu (futur roi Zog I d'Albanie), la liquidation de plus éminents émigrants du Kosovo-Metohija (Hasan Prishtina, Bairam Curr), mais ne parvint pas à imposer sa volonté au différents gouvernements de Tirana. Le conflit avec l'Italie et avec le mouvement national albanais que celle-ci contrôlait devient de plus en plus virulent à l'approche de la deuxième guerre mondiale. Sous les auspices de Mussolini, le Comité de Kosovo, l'organisation pro-bulgare IMRO (opérant en Macédoine slave) et les oustashis croates d' Ante Pavelic, coordonnent les actions communes contre la Yougoslavie.

 

Le mécontentement par la création de la Yougoslavie a fait que de nombreux Albanais et Turcs émigrèrent vers la Turquie, où ils se sentaient plus à l'aise dans un environnement musulman et dans un milieu proche de leur héritage ottoman. Les personnalités les plus éminentes, les chefs de tribus et les propriétaires terriens, qui se considéraient comme une aristocratie nationale, disaient ouvertement qu'ils ne pouvaient pas supporter d'être gouvernés par leurs anciens serfs, qu'ils dénommaient du terme péjorative de Shkje (slaves, esclaves). Les premiers départs en Albanie eurent lieu dès la fin des guerres balkaniques (environ 10.000 personnes), mais dès le retour de la paix et la fin de l'actions des kaçaks (les rebelles albanais) en 1924, une majorité d'entre eux revinrent sur leurs terres.

 

D'autre part, l'emigration vers la Turqie été lente mais constante. Jusqu'au début des années 30 quelques milliers de familles albanaises et turques étaient parties s'installer en Turquie. Pressentant une nouvelle guerre en Europe, due à l'expansion du nazisme en Allemagne, le gouvernement de Milan Stojadinovic (1935-1939) avait estimé que les conditions étaient favorables pour régler le problème du Kosovo-Metohija en faveur des Serbes, et institutionnaliser le départ des populations musulmans du Serbie et de macédoine. En 1938, le gouvernement yougoslave concluait une convention avec la Turquie qui s'engageait à accueillir 200.000 musulmans (les Albanais et des Turcs, alors nombreux). Cependant, la Turquie s'étant rétractée et les fonds que le gouvernement yougoslave devait fournir étant insuffisants pour dédommager les candidats au départ : l'accord resta lettre morte. D' après les chiffres officiels, le nombre des Albanais ayant quitté le Kosovo-Metohija pour s'installer en Turquie entre 1927 et 1939 est de 19.279 tandis que 4.322 s'installaient en Albanie.

 

L'historien serbe Vasa Cubrilovic avait proposé en 1937 à une trubune du Club culturel serbe, étant donné les conditions favorables sur le plan international, qu'un plan soit établi pour le départ des Albanais et leur installation en Turquie; cependant il ne s'agissait là que d'un point de vue personnel ui n'eut pas d'echo dans la réalité politique serbe; cela n'a été considéré comme une possibilité de règlement des relations globales avec la minorité albanaise. L'opinion serbe, tout comme la classe politique, préoccupées par les relations avec les Croates et devant les serieuses menaces extérieures ne donnaient pas une grande importance à la question albanaise: selon eux, il s'agissait d'un territoire serbe non contesté.

 

Les recencement de population dans la période entre les deux guerres, indiquant l'appartenance religieuse et la langue maternelle et non la nationalité, confirment qu'il n'y a pas eu d'exode massif de la population albanaise. Selon le recensement de 1921, dans le Royaume de Yougoslavie (Kosovo,Macédoine, Monténégro) vivaient 439.657 Albanais, soit 3,67 % de la population totale, 15.000 de moins qu' avant las guerres balkaniques. le recensement de 1931 indique 505.259 Albanais, 3,62% de l'ensemble de la population. On connait également le nombre des Albanais qui vivaient dans les banovines, unités administratives créé en 1929 par le roi Alexandre Karadjordjevic: dans la Zetska banovina (Monténegro, région de Dubrovnik, Herzégovine et Metohija) on comptait 150.062 Albanais (16%); dans la Moravska banovina (Serbi centrale, une partie du Kosovo) 48.300 Albanais (3,6%), dans la Vardarska banovina (Macédoine slave et une partie du Kosovo) 302.901 soit 19,24%. Le recencement de 1939 indique qu'au Kosovo-Metohija la population non-serbe (Albanais, Turcs, Tziganes) constituait 65,6%, les Serbes autochtones 25,2% et les nouveaux venus, aussi des Serbes, 9,2% de la population totale.

 

La Deuxième guerre mondiale apporte des changements radicaux marqué par l'idéologie totalitaire : après la défaite de la Yougoslavie attaqué par Hitler en avril 1941, ses territoires sont partagé entre les pays satellites pro-nazi. Le 17 août 1941, l'Albanie, déjà occupé par l'Italie, se voit attribuer, à titre de compensation, le Kosovo-Metohija et une partie de la Macédoine occidentale. Il s' ensuit une pérsecution des environ 100.000 Serbes, parmi lesquelles tous les nouveau immigrants (60.000), tandis que plus de 10.000 autres sont tués au cours des expéditions punitives des differentes milices albanaises. Pendant la guerre, selon les plan italiens, environ 75.000 Albanais venus d'Albanie s'installent au Kosovo-Metohija. En automne 1943, après la capitulation d'Italie, de nouvelles péresecutions s'abbatent sur les Serbes, lorsque le Kosovo passe sous la controlle direct du Troisième Reich.

 

Les Allemands soutient les revanchistes albanais contre les Serbes. Avec l'accord des autorités allemands, une "Deuxième Ligue albanaise" est crée en septembre 1943 sur le modèle de la première Ligue de 1878; au printemps 1944 les forces albanaises ont regroupé dans la 21. division SS Scanderbeg, qui, revêtue d'uniformes allemands, massacre la population civile. Fin 1943 également, l'organisation nationaliste Balli Kombetar donné naissance à une unité spèciale Regjiment i Kosoves. Cette unité était en premier ligne pour la purification ethnique du Kosovo-Metohija : elle a perpétré improbables massacres de Serbes à Prizren, Kosovska Mitrovica, Pec, Vitomirica, et dans les camps de concentration de Pristina. Une dernière grand vague d'émigration des Serbes eurent lieux au début 1944.


Echec de la réconciliation ideologique

 

La tentative d'une réconciliation historique des Serbes et des Albanais dans le cadre du nouveau projet social et politique - le communisme de type soviétique - c'est avérée impossible car la réalités géopolitiques étaient restées les mêmes, et la rivalité pour les territoires avait simplement été transférée dans un nouveau cadre idéologique. Pour des raisons de réalisme politique, J. B. Tito, le dictateur communiste yougoslave se voyait obligé de conserver l'unité de la Yougoslavie afin de se justifier comme le véritable héritier de la Royaume. D'autre part, il devait tenir compte des sentiments des communistes et des résistants serbes qui constituaient le gros de ses troupes. La révolte des Albanais (début 1945) contre les nouvelles autorités, demandant l'union avec l'Albanie, a confirmé qu'il était indispensable de maintenir Kosovo-Metohija, comme avant la guerre, au sein de la Serbie. Mais, pour donner satisfaction à l'Albanie, un décret spécial (6 mars 1945) interdisait le retour au Kosovo des colons serbes qui s'y installés entre 1918 et 1941. La plupart des ceux ci, environ 70.000, se virent interdits de retours dans leurs foyers. Par contre, 75.000 Albanais qui avaient été implanté au Kosovo durant la guerre se virent accorder la citoyenneté yougoslave.

 

Cependant, la Yougoslavie était un cadre trop étroit pour la réalisation des ambitions politiques de Tito, le futur leader "des non-alignés". Dans le projet d'une future fédération balkanique qui, selon l'idée de Tito, était censée englober la Yougoslavie, l'Albanie, la Bulgarie (il prevoyait même une place pour la Grèce, au cas où les forces communistes auraient gagné la guerre civile), Kosovo-Metohija aurait dû revenir à l'Albanie. Ce plan avait une double signification. Pour les communistes yougoslaves, ce devrait correspondre à la réalisation des anciennes aspirations de la Yougoslavie - dominer l'Albanie. Pour Tito ce devait être la réalisation d'une ambition personnelle : être le maître des Balkans. Pour le dirigeant communiste albanais Enver Hodja, cela représentait une tentative de parvenir, par un accord, à rattacher le Kosovo à l'Albanie. Enver Hodja, bien que mémorialiste peu crédible, note dans ses mémoires que Tito accepté en principe la solution de l'annexion du Kosovo-Metohija par l'Albanie, mais qu'il aurait considéré le moment peu propice car "les Serbes ne l'auraient pas compris" et que ce question serait réglée plus facilement au sein de la future fédération balkanique.

 

Des déclarations semblables sur Kosovo-Metohija ont été également données à Moscou par d'autres dirigeants yougoslaves, exliquant à Staline la nécessité de créer la fédération balkanique. Le principal conseiller idéologique de Tito, Edvard Kardelj, assurait à Staline que au sein d'une fédération tripartite, le Kosovo-Metohija reviendrait à l'Albanie. Même après le conflit avec Staline, entre 1948 et 1956, lorsque les plan de fédération s'étaient évaporés, et que les relations avec l'Albanie avaient été rompues, l'immigration des Albanais au Kosovo-Metohija a pérsisté. Le nombre exact de ces immigrants albanais n' est pas connu avec précision; il varie selon les estimations : 16.000 étant le chiffre officiel que beaucoup mettent en doute, et quelques centaines de milliers selon d'autres estimations, qui ne sont, a son tour, étayées sur des calculs démographiques précis. Le chiffre réel pour cette période est environ 40.000 nouveaux immigrants d'Albanie.

 

Le titisme: manipulation des conflits nationales

 

Dans la Yougoslavie communiste les conflits serbo-albanais ne représentent qu'une partie de la conception complexe que Tito imposait pour résoudre le problème national dans la phase "de la fraternité et de l'unité", Croate, élevé dans un environnement de fidélité aux Habsbourg et de crainte de "la menace grande-serbe", nourri ensuite des leçons du léninisme selon lequel le nationalisme des grands nations est plus dangereux que le nationalisme des petites nations, Tito persiste dans sa détermination à éradiquer toute velléité d"hégémonie grand serbe" qui, selon les communistes, élèves de Komintern, caractérisait le Royaume de Yougoslavie. Les deux premières décennies du centralisme bureaucratique (1945-1966) ont été une période de consolidation de son autorité pendant laquelle Tito s'appuie sur les cadres serbes avec lesquels il avait gagné la guerre civile.

La décentralisation prévue par les plus proches collaborateurs de Tito - le Slovène Edvard Kardelj et le Croate Vladimir Bakaric - dans le sens de l' accroissement des prérogatives des unités fédérales a provoqué une renaissance des nationalismes dont Tito a joué très adroitement pour empêcher un dégel idéologique et pour conserver intacte sa propre autorité. Dans la dernière phase de son règne, caractérisé par la constitution (con)fédérale de 1974; Tito était, toute comme Brejnev en URSS, un frein à tout développement, à toute évolution du système. Tito laissait comme seul héritage une armée commune mais idéologique, et un gigantesque appareil bureaucratiue du parti, réparti dans les limites des républiques et des provinces, qui de purement administratives (selon l'explication Tito en 1945) prennent de plus en plus, avec les reformec constituonnelles, l'allure de frontières auto-sufissantes d'Etats secrètements rivaux; réliés intérieurement par l'autorité du leader charismatique et extérieurement par le danger commun d'une invasion soviétique.

 

Dans ce cotexte géopolitique, le Kosovo-Metohija ont une importante fonction: en septembre 1945 on le réunit d'abord en une région autonome (autonomna oblast) , intégrée dans l'unité fédérale de Serbie. Au sein de la Serbie en 1948 les Albanais constituaient 8, 15% de la population totale (498.242 dans le Kosovo-Metohija et 532.011 dans l'ensemble de la Serbie). En Macédoine les Albanais constituent 17,12% et les Turcs 8,32% de la population globale, mais aucune autonomie n'y était prévue pour eux. Plus tard, en 1963, Kosovo-Metohija a reçu le statut de "province autonome" au sein de la Serbie et enfin à partir de 1974 celui de province autonome ayant un lien formel avec la Serbie, mais dont les prérogatives sont presque identiques à celles des républiques; il ne leur manquait que le principe léniniste du droit à l'autodétermination dont disposait les républiques. le changement de statut du Kosovo-Metohija à l'intérieur de la fédération n'est pas dû à la volonté librement exprimée de la population de Serbie dont ce région est partie intégrante depuis 1912, mais est dû uniquement aux conception d'un cercle étroit de dirigeants communistes rassembles autour de Tito. Ils réglaient à leur guise les questions nationales à l'intérieur de l'ensemble de la fédération.

 

Dans la période de centralisme, alors que l'Albanie a jusqu'au 1961 fait partie du bloc soviétique, Tito s appuyait sur les Serbes au Kosovo-Metohija car ils étaient le garant du stabilité et maintien de l'intégralité yougoslave. Les pressions extérieures ont renforcer le rôle de l'armée et de police secrète. Après 1948, les groupes armés s'infiltraient constamment d'Albanie, tandis que les partisan de Balli Kombetar, oubliés de la guerre, se cachaient, pendant les années cinquante et début des soixante, dans les montagnes du Kosovo-Metohija. Les fréquents accrochages qui opposaient les unités infiltrés avec l'armée et la police, indiquaient que de grandes quantités d'armes se trouvaient chez les civils. Durant l'hiver 1955-1956 les autorités procéderont à des fouilles systématiques des maisons et confisquèrent quantité d'armes.

 

Au cours de ces opérations, les autorités terrorisaient avec autant d'intolérance les Albanais que les Serbes, les battaient et les emprisonnaient. La plus grande quantité d'armes était, caché chez les Albanais. Ils avaient le sentiment que l'action était menée uniquement contre eux, bien que les persécutions et les arrestations aient également touché les Serbes. Les prêtres et évêques de l'Eglise orthodoxe serbe en ont particulièrement souffert des arrestations et des condamnation arbitraires. Même la plus grand église orthodoxe, édifiée entre les deux guerres à Djakovica a été detruit pour un monument élévé à la gloire des communistes du Kosovo-Metohija.

 

Affin d'atténuer chez les Albanais le sentiment que les Serbes les persécutaient, un nombre sans cesse croissant d'Albanais ont été recrutés dans les Services de la Sécurité d'Etat (UDBA). Au cours d'un procès aui a eu lieu en 1956 à Prizren, on a découvert que les groupes d'espions d'Albanie étaient en étroité relation avec les officiels d'origine albanais du Kosovo-Metohija. Cependant, pour des raisons d'Etat, ceci fut passé sous silence afin de ne pas compromettre les cadres albanais.

 

Après la réconciliation avec Moscou (1955) et la normalisation progressive des rapport avec l'Albanie (fin des années 60 début 70), dans le cadre de la politique de décentralisation, Tito a favorisé les Albanais. Les amendements constitutionnels de 1968 et de 1971, intégré dans la Constitution de 1974, les Albanais voyait non seulement une possibilité d'émancipation nationale mais aussi une occasion depuis longtemps attendue de prendre enfin leur revanche historique sur les Serbes. Les prémisses théoriques d'Edvard Kardelj selon lesquelles les Albanais devaient garantir les droits des Serbes étaient répétés auveglément comme une phrase vide de sens, qui devait justifier l'albanisation du Kosovo-Metohija. Déja les demonstrations à Pristina et d'autres villes en novembre 1968, quand l'armée dut intervenir, ont montré que les Albanais ne voyaient pas leur avenir en Yougoslavie, quels que soient les privilèges qu'elle leur accordait, mais que selon les traditions historiques et sous l'influence idéologique de Tirana, ils révaient de rattacher Kosovo-Metohija à l'Albanie.

 

Le modèle idéologique et national pour les Albanais du Kosovo fut l'ethno-communisme stalinien de Enver Hodja, imbibé de la vieille haine bien entrenue contre les Serbes. La disparition du terme Metohija dans le nom de la province (automne 1968), le nom qui sonnait trop serbe et orthodoxe, indiquait symboliquement dans quelle direction s'orientait la politique nationale des communistes albanais du Kosovo. Après la suppresion du nom, suivirent toutes sortes de mesures administratives et physiques pression, avec le soutien mal caché des organes du province, des structures du parti, des tribunaux, de la police, de toutes institutions dans lesquelles les Albanis, après 1971, étaient majoritaires. La consequence fut l'emigration silencieuse mais forcée d'un grand nombre de Serbes de Kosovo-Metohija.

 

De 1971 à 1981, 37.631 Serbes et 5.280 Monténégrins ont quitté, respectivement 16,5% et 10,7% du total de la population serbo-monténégrine.Le nombre de Serbes en Kosvo-Metohija, malgré une forte natalité, diminué presque de moitié sous la règne de Tito: 26,6% en 1948, ils ne sont plus que 13,2% en 1981. Il en est de même des Monténégrins : 3,9% en 1948 ils ne sont que 1,7% de la population totale en 1981. Si l'on analyse le nombre des personnes ayant quitté le Kosovo-Metohija ou s'y étant installées entre 1971 et 1981, on constate: 17.009 personnes ont immigré au Kosovo-Metohija, dont 6.874 Albanais, 3370 Serbes, 890 Monténégrins et 5.875 autres. Pendant ce temps le nombre des personnes ayant émigré est de 70.584 dont 8.333 Albanais, 42.407 Serbes, 7.095 Monténégrins et 12.794 autres. Entre 1961 et 1981, le nombre des localités avec la population mixte a diminué presque de moitié, passant de 174 à 96. Aucun de ces localités n'a eu population a prépondérente serbe, mais toutes ces localités sont devenues à prépondérence albanais ou totalement albanaise. Alors qu'en 1961, 50% des localités avaint une population homogène albanaise, ce pourcentage est de 75% en 1981. Les Goranci vivent dans 15 localités homogènes.

 

Les résultats de l'enquête menée sur les causes de l'emmigration des Serbes indiquent que l'intimidation sur le plan personnel était le moyen plus efficace: attaques infondées contre les individus, menaces à la propriété, incéndie des récoltes, appropriaton de champs, menaces de viol etc. Les plaintes déposées aux autorités, maintenant aux mains des Albanais, restant sans résultats. La discrimination sur une base nationale s'exerçant tous les jours dans la rue, dans les transports publics, dans les magasins, dans les centres medicaux... tout cela a crée chez les Serbes le sentiment d'être des citoyens de second ordre, et de vivre dans un environnement hostile, comme dans un pays étranger. La minorité menacée, sans protection de droit au niveau de la province, de la republique et de la fédération émigrait en silence vers l'intérieur de la Serbie, où apparemment existait, un accord secret entre la fédératon et les autorités locaux pour que les réfugiés aient la priorité dans l' attribution des emplois.

 

Les seuls qui se soient adressés aux plus hautes instances de la fédération pour se plaindre de la pression et de la discrimination des Albanais ont été les dignitaires de l'Eglise orthodoxe serbe. Des centaines de plaintes indiquant avec précision tous les détails relatifs aux usurpations des biens, aux attaques contre les moines, aux viols de religieuses, destruction de ciliètres, profanation de tombes, toute ces informations soigneusement recueillies par le clergé orthodoxe du Kosovo-Metohija ont été adressées personnellement à Tito ou aux dirigeants en fédération. Ces plaintes sont cependant restées sans réponse, même lorsqu'elles étaient présentées par le patriarche serbe German.

 

Au sein du parti communiste, seuls deux hauts fonctionnaires - l'écrivain Dobrica Cosic et l'historien Jovan Marjanovic - osèrent dénoncer en 1968 la discrimination subies par les Serbes, l'inégalité devant les tribunaux et leur exode forcé et ils ont été limogé . Quelques années plus tard, la même destin attendait plusieurs fonctionnaires serbes du Kosovo-Metohija qui s'étaient exprimés au cours d'une discussion sur les rapports interethniques. Pour avoir soutenu les positions des communistes serbes, dénoncé les pressions des Albanais sur la population non-Albanais, un des principaux dirigeant turque, Kadri Reufi a également été limogé du parti.

 

Parallèlement au processus d'émigration des Serbes, leurs terres étaient données aux Albanais qui arrivaient d'Albanie. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu'à la mort de Tito, le nombre des Albanais Kosovo-Metohija a triplé: il est passé de 498.242 à 1.226.736, une augmentation de 146%. La raison de cette augmentation de population ne réside pas seulement dans l'explosion démographique (le taux de croissance des Albanais en Macédoine est bien inférieur), ni dans la diminution de la mortalité infantile, mais est dû certainement à l'arrivée d'un grand nombre d'imigrants venant d'Albanie. Si l'on compare l'augmentation de la population albanaise en Macédoine et au Kosovo-Metohija, on constate que les Albanais du Kosovo augmente à une plus grande vitesse, bien que la composition sociale et les autres conditions de vie soient similaires.

 

Des documents existant prouvant que la nomenclature albanaise du Kosovo achetaient les terres des Serbes qui émigraient pour les donner aux immigrants d'Albanie. Etant donné que l'administration est contrôlé par les Albanais, ils délivraient de nouveau documents, avec le lieu de naissance aux nouveaux venus d'Albanie, dans lesquels ils indiquaient le Kosovo comme leur lieu de naissance, de sorte qu'il était impossible d'en déterminer le nombre. Les autorités locales albanaises manipulent à leur gré les cadastres : dans l'un de ces livres, le monastère de Decani et même le patriarcat de Pec sont inscrit comme les mosquées. La barrière linguistique constituaient une circonstance qui facilitait la transformation systématique des cadastres fonciers, des statistiques concernant la structure nationale au nombre des immigrants, qui, selon les statistiques fédérales, ne dépassait pas le chiffre de quelques milliers de personnes.


l'Albanisation imposé

 

Le processus de l'albanisation du Kosovo est également stimulé au niveau administratif. La nomenclature albanaise insistait particulièrement pour que l'on augmente le nombre d'étudiants (30 étudiants par 1.000 habitants), afin de former les cafres qui remplaceraient les Serbes dans tous les organes de l'administration., dans l'enseignement et les sciences. Les fonds ont été fournis (à 70% du total) par les fonds pour des régions moins développées et dont la plus grande partie était versée par Serbie intérieure. Les moyens financiers énormes ainsi recueillis étaient investis pa nomenklatura non das l'économie, mais dans l'édification d'institutions de caractère national qui symbolisé le caractère étatique du Kosovo.

 

De nouvelles mesures discriminatoires ont été adopté basées sur "le principe de représentation ethnique"; elles s'appliquaient pour l' octroi des emplois, l'inscription aux hautes écoles. C'est ainsi que lorsqu'il y avait cinq postes a pourvoir, un seul, selon le principe ethnique, pouvait revenir à un Serbe, sans considération pour le degré d'instruction, les capacités personnelles ou l'expérience des candidats. Dans la secteur social (administration, économie, éducation, justice) jusqu'en 1974, les Albanais constituaient 58% du nombre des personnes employés, les Serbes 31%, les Monténégrins 5,7%. A partir de 1978, le chiffre des Albanais se monte à 83,6%, les Serbes ne sont que 9%. En 1980 les Albanais sot déjà 92% d'employés dans le secteur social, et les serbes ne sont que 5%.

 

Le même principe était valable pour l'Université : un cinquième seulement des étudiants pouvaient être des Serbes. L'Université de Pristina fondée en 1960 comme une branche de l'université de Belgrade, devenue autonome en 1969 comptait 37.000 étudiants en 1981, don 90% étaient albanais. L'arrivée sur le marché du travail d'un nombre croissant des jeunes albanais ayant une formation universitaire dans les conditions du boom démographique (le plus haut niveau d'accroissement démographique dans toute l'Europe, la famille moyenne comptant 6.9 membres) - ce nombre dépassait celui que l'économie pouvait absorber, d'où de nouvelles tensions.

 

Le retard économique était aussi une conséquence du bas niveau de formation des cadres albanais au Kosovo-Metohija; pour des raisons politiques les critères pour l'obtention des diplômes universitaires étaient inférieurs à ceux des autres universités yougoslaves. La formation d'un grand nombre de cadres albanais dans les domaines des sciences sociales, le plus souvent fondées sur les principes idéologiques revus par Tirana dans lesquels se mêlaient l'intolérance communiste et le romantisme nationaliste donna naissance à une type spécial de semi-intellectuel aux horizons bornés, capable d'absorber un nombre limité d' idées, et disposé à accepter sans critique une certaine conception de leur propre histoire. Un orientaliste réputé du Kosovo-Metohija, Hasan Kaleshi, a stigmatisé les dangers d'une telle formation, mais très vite il a été boycotté par l'ensemble de l'intelligentsia albanaise.

 

La barrière linguistique les empêchant de trouver un emploi dans le reste de la Yougoslavie, ces jeunes Albanais obligés de trouver un emploi au Kosovo, reportaient leur mécontentement sur le plan de leur statut social au niveau d'une frustration nationale. Ils étaient encouragés dans ce sens par les professeurs venus d'Albanie, parmi lesquels se glissaient de nombreux membres de la police secrète Sigurimi qui, au nom de la coopération entre deux Etats, propageaient sans aucun empêchement l'idéologie de la Grande Albanie. La classe politique albanaise avait complètement adopté la théorie relative à l'origine illyrienne des Albanais, ce qui a ses yeux légitimait les droits des Albanais sur le Kosovo-Metohija . Cette théorie leur servait à prouver que les Albanais étaient en fait les premiers habitants du Kosovo-Metohija et que les Serbes n'étaient en fait que des intrus sur leurs terres. Un tel postulat idéologique allait de pair avec le mécontentement social : les familles nombreuses albanaises désiraient vivement obtenir des terres arables mais on ne pouvait les trouver que chez les Serbes qui, pris de frayeur, les cédaient souvent à bas prix .

 

La sécession obligé

 

Le désir unanime de la minorité albanaise d'instaurer une république du Kosovo (avec le droit à l'autodétermination jusqu'à la sécession) a été présenté au printemps 1981, une année à peine près la mort de Tito, détruisant le fragile équilibre des forces au sein de la direction fédérale. Les manifestations albanais, dirigé par les différents organisations secrètes, ont pris d'autres formes: incendies, sabotages, actions terroristes, l'explosions , l'affrontements avec la police : dizains des manifestants mort et blesses. Le tentative des autorités fédérales de régler la question albanaise au Kosovo en l'étouffant par une purge à l'intérieur du parti, par des actions répressives (des forces fédérales, militaires et policières d'environ 30 000 hommes) contre les manifestants et en minimisant le problème de l'exode des Serbes, a développé dans les années suivantes un fort sentiment de frustration parmi les Serbes : les autorités fédérales essayaient de cacher leur incapacité à démocratiser la société des réformes politiques et économiques, et a assurer un minimum de protection des droits de l'homme pour les Serbes du Kosovo-Metohija.

 

Les manifestants Albanais, souvent jeunes gens ont été sévèrement punie: jusqu'en 1983 on condamna quelque 700 d'entre eux, et l'on en jugea encore après les manifestations des années suivantes. Au lieu des droits civils et les libertés politiques, la Yougoslavie donnait la prédominance aux droits collectives et aux droits nationaux qui appartenaient à la nationalité prédominante dans les républiques, ou dans les provinces autonomes. Les Serbes étaient de plus en plus nombreaux à se rendre compte que l'ordre imposé par Tito en 1945, reposait sur l'inégalité nationale pour les serbes en Yougoslavie. Les dirigeants serbes, dans l'intention de protéger efficacement les Serbes du Kosovo, ont essayé de rechercher un accord avec les dirigeants des autres républiques afin de régler la question des compétences de Serbie sur ses provinces (Kosovo-Metohija et Voïvodine), mais ils ont été repoussées avec une inimitié très apparente ("livre bleu de la Ligue des communistes de Serbie sur le Kosovo" en 1977).

 

La détermination des nomenklaturas national-communistes au sommet de la fédération à créé une dangereuse tension qu'il était difficile de contrôler : les Serbes du Kosovo-Metohija commencent alors à s'organiser de façon autonome à partir de 1985 et demandent à plusieurs reprises la protection des autorités fédérales, ils se rendent au Parlement fédérale et menacent d'un exode massif si les droits de l'homme ne leur sont pas garantis.

 

Les paroles lénifiantes de la structure fédérale sont restées lettre morte : sur place la tension ne faisait que monter, et l'exode de Serbes ainsi que la vente de leur terres ne cessaient pas. Le Slovène Stane Dolanc, qui fut parmi les plus proches collaborateurs de Tito, en tant que secrétaire du Comité Central de la LCY pendant les années 60 et 70 soutenait les Albanais; en sa qualité de ministre tout-puissant de l'intérieur de la Yougoslavie après la mort de Tito, il eut l'occasion de bien connaître les méthodes des sécessionnistes albanais qui dans le langage de l'époque se nommaient "irrédentistes" : "Nous connaissons très bien un des principaux slogans des irrédentistes : acheter des terres et faire des enfants" .

 

Le flux de la frustration nationale des Serbes est illustré dans le "Mémorandum de l'Académie serbe des sciences et des arts" (1986), un document incomplet établi par une commission des académiciens, mais qui pour des raisons politiques intérieures a été volé dans les bureaux de l'Académie avant sa rédaction définitive. Ce document fut utilisé abusivement à des fins politiques - les querelles entre différents fractions au sein du parti communiste en Serbie. Bien que ce document condamne la pratique de la purification ethnique des Serbes au Kosovo-Metohija, et pose, à travers la question du Kosovo, le problème de l'égalité des Serbes en Yougoslavie, dissipes dans les cinq de six républiques, les autorités communiste le proclament de "bible du nationalisme serbe". Le sentiment croissant de frustration parmi les Serbes, après un putsch au sein de parti, a été utilisée habilement par Slobodan Milosevic, le nouveau dirigeant des communistes serbes. Utilisant les méthodes populistes, il reprenait à son profit la bannière de protecteur des intérêts nationaux, que brandissaient jusque là l'Eglise orthodoxe et l'intelligentsia liberale et anticommuniste qui a condamné "une répression draconienne" contre les jeunes Albanais en tant que force "contre-révolutionnaire".

 

Le projet de Milosevic de faire revivre le parti communiste expirant en se basant sur de nouveaux idéaux nationaux, au moment même où en Europe de l'Est et même en URSS commence le processus inexorable de la démolition du communisme à l'aide du nationalisme - signifiait le début sur le plan international d'une politique qui a compromit les intérêt globaux des Serbes en Yougoslavie. Pour la majorité des Serbes, préoccupés par la question du Kosovo-Metohija, l'intérêt de la nation - à travers de laquelle, il est possible dans les conditions existantes de protéger plus efficacement les droits de l'homme - semble plus important que les changements qui peuvent se produire à l'Est, d'autant plus que le régime de Milosevic en Serbie crée un semblant de liberté au sein des médias qui osent maintenant, après un demi siècle, évoquer des questions tabous historiques, aussi bien qu'idéologiques, nationales ou politiques.

 

Les Albanais, restant sur leurs positions de maintien de statu quo, répondent par une série de grèves et des manifestations de rue et l'affrontements avec la police : ils étaient conscients du fait que la suppression des dispositions relatives à l'autonomie prévus par la Constitution de 1974, signifiait la suppression de l'éléments leur permettant de prétendre passer du statut de province autonome à celui d'Etat.

 

Les amendements apportées en 1989 à la Constitution de la Serbie suppriment les dispositions relatives aux législations juridiques particulières pour les provinces autonomes et l'harmonisation de la législation sur l'ensemble de toute la république; ils supprimaient le droit de veto dont jouissaient les provinces par rapport au parlement de Serbie; les relations internationales restaient de la seule compétence de la république et la modification de la constitution se rapportait au seul parlement de Serbie, tandis que les provinces conservaient le droit de consultation jusqu'à six mois, après quoi un référendum devait être organisé sur l'ensemble du territoire de la république.

 

Le haut niveau d'homogénéité de la population albanaise, ainsi que l'abstention de son intelligentsia à se joindre aux demandes concernant la protection des droits de l'homme pendent l'exode des Serbes, ont rendu impossible l'instauration d'un quelconque dialogue. Le résultat de cette attitude fut l'adoption à Belgrade de dispositions limitant l'autonomie (28 mars 1989) et le rassemblement d'un million de Serbes dans la plaine de Kosovo pour la commémoration du 600ème anniversaire de la bataille de Kosovo polje (le Champ des merles), le 28 juin 1989. La réponse du coté albanais fut une série de manifestations de rue, de grèves et de troubles, l'affrontements sanglantes avec la police, au début sous le couvert de slogans prônant le maintien de la Yougoslavi e et la fidélité à Tito. Après le référendum pour la nouvelle constitution de Serbie en juillet 1990, qui a confirmé pour le Kosovo les amendements adoptés dans la constitution précédente (Kosovo-Metohija est une province ayant la forme d'une autonomie territoriale, tandis que l'autorité législative appartient au parlement de Serbie, le pouvoir exécutif appartient au gouvernement de Serbie, au lieu d'une constitution, la province a un Statut etc.) et Kosovo-Metohija ont, outre l'adjonction de l'autonomie territoriale, une position semblable à celle qu'ils avaient dans la Constitution yougoslave de 1963.

 

Les Albanais ont réagi par une déclaration de proclamation de la "République de Kosovo", le 2 juillet 1990 à Pristina, et par l'adoption d'une "constitution" le 7 septembre 1990 à Kacanik : cette tentative de sécession ayant provoqué une forte réaction policière. refusant tout les liens avec la Serbie, en juillet 1990, les Albanais du Kosovo-Metohija proclament une grève générale; espérant provoquer la sécession par la grève, sur l'appel de leurs dirigeants politiques, ils quittent leurs postes de travail, les écoles et toutes les institutions publics, y compris médicales. Les Albanais, convaincus que les autorités serbes ne céderont pas sur les pourparlers concernant les compétences de l'Etat serbe sur le Kosovo-Metohija, ils arriveront à créer progressivement une administration parallèle, toléré par les autorités serbes, et à organiser leurs propres élections en rejetant tout lien avec la Serbie. D'après les estimations du centre de recherche démographique (les Albanais ont refusé de participer au recensement de 1990) parmi 1.956.196 habitants du Kosovo-Metohija le nombre des Albanais serait 1.596.072 (81%), tandis que le nombre de Serbes est de 214.555 (11%), donc environ 22.000 de moins qu'en 1981.

Un ancien conflit interethnique sur le problème de controle sur la territoire du Kosovo-Metohija prend ainsi l'aspect d'un conflit idéologique : la Serbie, du fait du régime autoritaire de Milosevic, est considérée comme "le dernier bastion du communisme en Europe", tandis que les Albanais, du fait uniquement de leur résistance d'exclusion mais sous une forme passive, parfaitement orchestrée dans les médias internationaux, portent l'auréole héroïque "de peuple opprimé" qui luttant pour la démocratie et les droits de l'homme est soumis à un "apartheid". Cette image dans les médias n' a fait que se renforcer après les guerres en Croatie et en Bosnie.

 

 

Publié dans : Balkan Studies, vol. 38 t. 2, Salonique 1997, pp. 253-283.


 

LA POPULATION DU KOSOVO-METOHIJA

nationalité 1948 1953 1961 1971 1981
Albanais 498.242 524.559 646.168 916.168 1.226.736
Serbes 171.911 189.869 227.016 228.264 209.497
Monténegrins 28.050 31.343 37.588 31.555 27.028
Turcs 1.315 34.343 25.764 12.244 12.513
Musulmans 9.679 6.241 8.026 26.357 58.562
Gitanes 11.230 11.904 3.202 14.593 34.126
Autres 7.393 9.642 15.787 14.512 15.978
TOTAL 727.820 808.141 963.988 1.243.693 1.584.440

 

 

LES MONUMENTS CULTURELS IMPORTANTS EN KOSOVO-METOHIJA (1986)

Origine Nombre
Préhistoriques 11
Illyriens 7
Romains 17
Byzantains 28
Serbes 180
Catholiques 3
Juifs 1
Albanais 40
Yougoslaves 9
total 372

 

 

L'EXODE DES SERBES DU KOSOVO-METOHIJA

No. Departement Les familles serbes colonisé 1918-1941 situation en mars 1991 pourcentage
1 Vitina 480 75 15,83%
2 Vucitrn 700 83 11,85%
3 Glogovac 407 0 0,00%
4 Gnjilane 304 30 9,86%
5 Decane 938 59 6,28%
6 Djakovica 2.079 94 4,52%
7 Istok 1.000 119 11,90%
8 Kacanik 86 4 4,65%
9 Klina 652 86 13,19%
10 Kosovo polje 384 36 9,37%
11 Kosov. Kamenica 212 39 18,39%
12 Lipljan 555 121 21,80%
13 Malisevo 380 1 0,26%
14 Obilic 319 70 21,94%
15 Orahovac 310 12 3,87%
16 Podujevo 1.566 163 10,40%
17 Pec 1.441 159 11,03%
18 Pristina 336 82 24,40%
19 Srbica 531 0 0,00%
20 Suva Reka 173 0 0,00%
21 Kos. Mitrovica 171 26 15,20%
22 Urosevac 633 104 16,42%
23 Stimlje 69 3 4,34%
24 Prizren 266 15 5,64%

total 14.055 1.371 9,75%