La Bosnie-Herzegovine: Le systeme des alliances

Institut des études balkaniques

Académie serbe des Sciences et des Arts

Belgrade

 

La recherche des phénomènes "de longue durée" dans la longue histoire de Bosnie- Herzégovine a mis en évidence une pratique politique qui jusqu'ici n'avait pas été suffisamment observée. Plus exactement, les principaux obstacles à la stabilisation des rapports inter-ethniques et inter-religieux entre les différentes communautés religieuses et finalement nationales n'étaient pas seulement des contradictions religieuses et sociales, ni uniquement des aspirations contradictoires de mouvements nationaux rivaux, marqués par l'absence d'institution stables qui auront mis fin au rythme des conflits réciproques, aux accalmies temporaires annonç ant des règlements des comptes futurs. C'était, avant tout, la pratique selon laquelle deux des trois principales communautés politico-religieuses, ou bien simplement nationales, s'associaient contre la troisième communauté, afin de réaliser à son détriment leurs propres objectifs, sans prendre en considération si cette communauté était le facteur fort ou faible dans les enjeux politiques. Ce système d'alliances, avec les origines de l'époque ottomane, s'est ainsi incorporée dans la mentalité politique moderne des trois nations en Bosnie-Herzégovine : il s'impose comme une pratique qui était également l'expression politique de sa complexité ethnique, voire de l'absence d'une majorité démographique stable de l'une de ces trois communautés.

L'origine de la population en question

Dès le Moyen-Age, les régions de la Bosnie et de l'Herzégovine - qui composent aujourd'hui la République de Bosnie-Herzégovine - avaient leurs spécificités culturelles et confessionnelles. La région de Hum (aujourd'hui l'Herzégovine) était, selon les sources byzantines, peuplée presque entièrement par des tribus serbes : elle fut intégrée aux principautés et royaumes serbes (du IXème au XIIème siècles); puis aux principauté et royaume de Bosnie, avant de devenir autonome et quasi-indépendante au XVème siècle. La plus grande partie de Bosnie centrale et orientale actuelle était, selon les sources byzantines, peuplée également par des tribus serbes. En revanche, la partie occidentale de la Bosnie (l'actuelle région de Bihac) était peuplée par des tribus croates.(1) Les Croates appartenaient à l'Eglise de Rome, les Serbes à l'Eglise de Constantinople, et un certain nombre d'habitants de Bosnie centrale, tout en acceptant au début l'Eglise Orientale puis l'Eglise de Rome, avaient pour des raisons géopolitiques (ils se trouvaient dans une enclave montagneuses éloignée de toutes les routes commerciales) gardé une variante du christianisme primitif. Dès le XIIème siècle ce christianisme est connu sous le nom des krstjani ou bogomiles. Il s'agissait d'une secte manichéenne originaire d'Asie mineure et qui, en plus de la Bosnie elle-même, avait une forte influence en Bulgarie, en Macédoine, proche par son enseignement des Cathares.(2)

Mais, s'appuyant sur des sources non-byzantines (à savoir celles fournies dès le Xème siècle par les émissaires de l'Eglise de Rome, guidés par leur propre intérêt politique), un certain nombre d'historiens au cours de ces deux derniers siècles ont donné une autre version concernant les origines de la population de Bosnie-Herzégovine. Cette dissonance sur les origines de la population de Bosnie n'a jamais été dépassée. Un des meilleurs spécialistes de l'histoire médiévale balkanique a choisi d'écrire une histoire de la Bosnie au Moyen-_ge sans se prononcer sur les origines de ses habitants.(3) Selon les études et manuels d'histoire croates du XIXème siècle à nos jours, l'ensemble de la population de Bosnie-Herzégovine est d'origine croate, selon les études et manuels actuels en Bosnie il s'agit d'une population bosniaque spécifique, une tribu déjà développée au sens "national "qui se serait installée en Bosnie au VIIème siècle et que les différentes religions auraient divisée durant des siècles .(4) Enfin, selon les études et manuels serbes, hormis les Croates catholiques romains, pratiquement presque tous les musulmans seraient des Serbes islamisés pendant la domination ottomane. Cette perspective montre à quel point le fossé est profond, voire insurmontable dans la conscience nationale des trois communautés en Bosnie et Herzégovine.

Pour justifier ces différentes interprétations, les sources disponibles ont été et sont utilisées de manière partielle. Certains, insistant sur le fait que tous les seigneurs (les bans et les rois) de Bosnie (sans ou avec une part d'Herzégovine) avaient formellement adopté le catholicisme romain, considèrent qu'il s'agit là d'une "preuve" des origines croates de la population bosniaque. Les historiens musulmans de Bosnie ont accepté une théorie développée durant la domination austro-hongroise (1878-1918) selon laquelle les Bogomiles parmi la noblesse bosniaques bogomile a adopté l'islam pour sauvegarder leurs privilèges féodaux. En fait, les souverains de la Bosnie médiévale, bogomiles, sous la pression de la Hongrie voisine, avaient du adopter le catholicisme romain, mais dans les différentes chartes ils qualifiaient leurs sujets et leur langue de serbes (ban Matej Ninoslav)(5) et aspiraient à devenir rois de tous les Serbes (roi Tvrtko I Kotromanic dès 1377). En Herzégovine majoritairement orthodoxe, car incorporé ou très liée aux Etats serbes voisins, les princes et ducs (le duché de Herzegovine dès 1448) étaient à la fois orthodoxes et bogomiles.

Sous le "joug ottoman" : chrétiens contre les musulmans

Ce multi-confessionnalisme a disparu sous la domination ottomane où l'appartenance religieuse déterminait la position sociale et politique de chaque communauté. C'est sur cette division religieuse que se fonda, après des siècles, une conscience nationale moderne. La nouvelle communauté de Slaves islamisées (plus souvent d'origine orthodoxe que bogomile) était chargée d'assurer la défense et le développement du système ottoman aux confins de l'Empire. Les Slaves islamisés ont après plusieurs siècles développé une identité propre, ne se considérant pas seulement comme des Ottomans (au sens religieux et politique) mais aussi comme des "Bosniaques", ce qui signifiait pour eux une identité à la fois régionale et religieuse. Les musulmans bosniaques appelaient les chrétiens, orthodoxes et catholiques, les Valaques (Vlasi), ce mot ayant un sens péjoratif. En effet, Valaque qualifiait une large partie de population chrétienne qui avait un statut social inférieur - les nomades montagnards.

Si, au cours des premiers siècles de domination ottomane (XVIème et la première moitié XVIIème siècles), la tolérance religieuse existait, elle fut réduite à partir du fin du XVIIème siècle avec le déclin de l'Empire ottoman.(6) La situation de plus en plus difficile des chrétiens les poussa à se soulever à plusieurs reprises, en particulier pendant les guerres menées par l'Empire des Habsbourg et la République de Venise (XVIème - XVIIIème siècle).(7) Mais, la coalition entre les chrétiens, les orthodoxes et les catholiques fut toujours fragile. Les orthodoxes, rassemblés en l'Eglise serbe (Patriarcat du Pec 1557-1766), se méfiant du prosélytisme de l'Eglise de Rome.(8)

L'influence du système du "millet"

A l'époque de l'éveil national, les Serbes de Bosnie avaient une conscience nationale plus développée que les autres communautés du fait que la tradition orthodoxe identifie Eglise et nationalité. Cette tradition, ait renforcée en plus, par le système ottoman du millet qui assimile l'appartenance à une Eglise (non-musulmane) et identité ethnique, puis nationale. Ce système du millet, en fonction d'une appartenance religieuse, mais non en fonction du territoire, garantissait l'autonomie religieuse et l'auto-organisation des communautés non-musulmanes, tout en faisant de leurs membres des citoyens de seconde zone dans l' Empire ottoman (reâyâ).(9) Cet Etat, essentiellement théocratique, sous l'impulsion de "derviches colonisateurs" favorisés par les sultans ottomans, était ouvert à la colonisation et à l'islamisation des provinces balkaniques.(10) En assimilant l'identité ethnique, puis nationale, à l'appartenance à une Eglise, le système du millet contribua grandement à l'identification entre confession et nation, avant tout parmi les Serbes regroupes au sein du Patriarcat de Pec (1557-1766).(11)

L'identité des musulmans en Bosnie était à la fois régionale et confessionnelle, quoique les beys locaux, qui ne parlaient en général que la langue vernaculaire qu'ils écrivaient en alphabet cyrillique (appelée la Vielle Serbie - Stara Srbija), avaient conservé une tradition concernant leur origines slaves. La détérioration des rapports sociaux, suivie d'un conservatisme accru des beys, a débouché sur une nouvelle série de soulèvements des Serbes, attirés par l'exemple de la Serbie insurgée (1804-1813) puis autonome au sein de l'Empire ottoman (1830) où les paysans, anciens serfs des beys locaux, également des Slaves islamisés, étaient devenu propriétaires de leurs terres. Les beys de Bosnie, menacés de perdre leurs privilèges, s'appuyaient de plus en plus sur la Porte dont, par ailleurs, ils contestaient les réformes éclaireés (Tanzimat). L'européanisation de l'Empire et les droits accordés aux populations chrétiennes signifiaient pour les beys bosniaques le premier signe de la fin de leur règne. De ce fait, les réformes, a cause d'une forte résistance des beys, ne furent jamais appliquées en Bosnie ( la loi constitutionnelle - Hatti humayun adoptée en 1856 après la guerre de Crimée non plus ), ce qui suscita une série de révoltes agraires ( mais avec une nuance nationale bien présente) des chrétiens orthodoxes (1834 et 1852 en Bosnie occidentale, 1852-1862 en Herzégovine orientale, 1857-1858 en Bosnie du Nord).(12) Dans la mesure où les Serbes orthodoxes étaient majoritairement des serfs (environ 90 %) et qu'ils étaient encouragés par l'exemple de la Serbie avec une paysannerie libre, ils furent à l'origine de la plupart de soulèvements que la population catholique slave ralliait souvent mue par les les mêmes raisons sociales. Jusqu'à la crise orientale cette alliance entre chrétiens orthodoxes et catholiques fonctionna comme un bloc commun contre le pouvoir musulman.

La crise orientale (1875-1878) a été ouverte par les insurrections serbes en Herzégovine, puis en Bosnie occidentale en 1875, visant à un rattachement à la Serbie et au Monténégro. Les insurgés serbes de Bosnie ont proclamé en juillet 1876 l'unification avec la Serbie : "Représentants légitimes de la terre serbe de Bosnie, après tante d'attente et sans espoir d'aucune aide extérieure, nous décidons dès aujourd'hui de rompre avec le gouvernement non-chrétien de Constantinople, voulant partager un même destin avec nos frères serbes, quoi qu'il puisse nous arriver."(13) La crise se termina par l'occupation des deux provinces par l'Autriche-Hongrie en 1878. La Double Monarchie avait été mandatée par le concert des puissances au Congrès de Berlin pour administrer ces provinces formellement toujours sous l'autorité du sultan à Constantinople.(14)

Les nouvelles alliances

Ce fut en Bosnie austro-hongroise le début d'une nouvelle alliance, cette fois serbo-musulmane contre une puissance hostile à l'empire russe, allié traditionnel des Serbes, et à l'empire ottoman, que les musulmans bosniaques regrettaient de voir dépecé : "Turcs (musulmans bosniaques) et les Serbes sont donc réunis pour l'instant dans un même sentiment contre les agissements de l'administration austro-hongroise... Raffiner les moyens d'oppression n'est point civiliser et c'est justement ce qu'ont fait les Autrichiens plus haïs maintenant que l'ont jamais été ici les Omer Pacha et Mazar Pacha. Si les Serbes et les Turcs (musulmans bosniaques) avaient des chefs, s'ils n'étaient pas devenus le malheureux troupeau qu'ils sont, nous assisteront en ce moment à un soulèvement immédiat."(15)

D'autre part, les catholiques romains de Bosnie, grâce à la propagande des prêtres liés à Rome et à la Cour de Vienne, étaient, eux, favorables à l'occupation. Mais Vienne n'accepta pas les demandes des Croates (c.-à-d.. de la Diète de Zagreb) d'un rattachement des deux provinces à la Croatie-Slavonie, qui faisait partie de la Hongrie. Il fut décidé que Vienne et Pesth administreraient conjointement les provinces occupées afin de freiner les aspirations des Serbes à un rattachement à la Serbie et au Monténégro et de ne pas accorder aux Croates la création d'une troisième entité politique au sein de la Double-Monarchie. Le consul français à Sarajevo a souligné , dans un de ses rapports de 1883, le sentiment suivant : "La prétention de disposer de la Bosnie-Herzégovine en faveur de l'idée croate n'est pas une conception nouvelle. Elle s'est produite il y a environ dix ans...Nous connaissons certains combinaisons relatives à la formation d'un nouvel Etat (la Bosnie et l'Herzégovine avec la Croatie-Slavonie) qui s'étendait vers le Sud-est... mais il ne faut pas ignorer que, tant qu'il restera un Serbe, cette combinaison ne saurait se réaliser."(16)

Les alliances instables

Le premier administrateur des provinces occupées, un aristocrate hongrois Benjamin von Kallay (1882-1903), a tenté d'imposer, sur le modèle de l'Etat-nation hongroise, une nouvelle identité commune à l'ensemble de la population de Bosnie et l'Herzégovine - une identité bosniaque. Par des mesures administratives, policières et scolaires, il a tout fait pour empêcher le développement déjà avancé de l'identité nationale des Serbes - qui à l'époque constituaient la majorité relative de la population - et imposer l'identité bosniaque.(17)

Le ministre français à Belgrade a jugé ce projet de la manière suivante : "Les orthodoxes des provinces occupées se plaignent des atteintes portées à leur autonomie religieuse et scolaire...M. Kallay a voulu peut-être aller trop vite et trop loin dans son oeuvre d'assimilation... Mais quand il a touche au sentiment religieux, il s'est heurté à une résistance qu'il aura bien de la peine à vaincre et qui lui donnera, en tout cas, de sérieux tracas. L'autonomie des écoles, le recrutement des professeurs, les livres d'enseignement, tout de provenance serbe, et dans un esprit national très avancé, ne pouvaient convenir à l'homme d'Etat qui s'est proposé de faire de la Bosnie et de l'Herzégovine des provinces indissolublement liées à la Monarchie des Habsbourg. Toutefois il est permis de se demander si cette oeuvre exigeait, par exemple, la substitution dans l'enseignement des caractères latins aux caractères cyrilliques? Etait-il nécessaire d'aller jusqu'à inventer une "langue bosniaque" en mépris de traditions et d'une communauté évidentes de race et d'origine?"(18)

Kallay chercha un appui auprès des musulmans bosniaques hostiles au régime dirigé par un Etat chrétien, qu'il flattait en leur disant qu'ils étaient le noyau de la "nation bosniaque", dont les racines plongent dans la tradition de l'aristocratie 'bogomile' : " "Les musulmans gardent la haine des Serbes qui étaient leur esclaves et qui sont sur le point de devenir leur égaux : sous le régime de Kallay, ils s'étaient un peu consolés de se trouver sous le joug des chrétiens, en voyant leurs rivaux sujets au vexations et aux mépris du gouvernement, en se voyant eux-mêmes, comme la race supérieure, l'objet de toutes les attentions, de toutes les faveurs..."(19)

Mais, Kallay soutenait, en même temps, les Croates catholiques, seule population complètement loyale envers la Double-Monarchie, en soutenant aussi la propagande catholique et même le prosélytisme très agressif des jésuites dirigé par l'archevêque catholique de Sarajevo : "Sortie des rangs du peuple croate, appuyé par la Société de Jésus, Mgr Stadler... s'est constitué dès son arrivé en Bosnie, le champion du catholicisme croate ...Soutenu néanmoins dans cette partie de sa tâche par les fonctionnaires austro-hongrois, dont un grand nombre, originaires de la Croatie partagent plus ou moins ouvertement ses aspirations, il n'a pu entraîner la masse des catholiques bosniaques, qui fidèles à leurs anciens pasteurs les Franciscains et à leur vielles traditions n'ont pas vu sans répugnance l'influence grandissante d'un clergé qu'ils considèrent comme étranger et dont ils ne comprennent qu'imparfaitement les tendances. Non content d'essayer d'entraîner les catholiques bosniaques dans le croatisme, Mgr Stadler, dont le zèle réel est trop entreprenant, s'est considéré en outre en Bosnie comme en pays en mission et à couvert de son influence plusieurs tentatives pour convertir soit des orthodoxes soit les musulmans. Diverses conversions, quelques unes trop bruyantes, opérées sur des enfants malgré la volonté des parents, ont alarmé les non catholiques qui voyant l'inertie de l'administration austro-hongroise envers ce fougueux prélat ont fait remonter jusqu'à elle la responsabilité de ces actes..."(20)

Cette politique ouvertement pro-croate par l'administration des Habsbourg provoqua à nouveau une alliance serbo-musulmane sur le terrain de la lutte commune pour leurs droits à une autonomie scolaire et religieuse de leurs propres communautés. Mais malgré les efforts de l'intelligentsia éclairée de créer une alliance forte et durable entre les Serbes et musulmans bosniaques "...les hostilités confessionnelles, les haines de Musulman à Orthodoxe, et de Serbe à Croate apparaissent aussi vives qu'au premier jour et tout comme si l'occupation autrichienne n'avait pas versé son baume sur les anciennes divisions du pays."(21)

D'autre part, les Croates en Bosnie n'ont guère caché leur volonté de s'unir avec la Croatie-Slavonie. A l'occasion du projet de voyage de l'Empereur François-Joseph en Herzégovine une société croate de Travnik à "fait appel à toutes les associations chorales et gymnastiques de Bosnie-Herzégovine de remettre à François-Joseph une adresse demandant l'annexion des Provinces Occupées à la Croatie. La presse serbe insulte les municipalités croates qui envoient des télégrammes de félicitations et d'encouragement en faveur d'un grand meeting 'pour la Grande Croatie'. .. En effet la municipalité de Zagreb ayant voté une résolution en faveur de la proclamation de l'annexion des Provinces et invitant toutes les communes de Croatie à s'associer à cette demande..."(22)

La politique de Kallay sur la création d''une "nation bosniaque", face à la forte résistance des toutes les trois communautés, plus au moins ouvertement hostiles à son projet échoua après sa mort en 1903 . Son successeur à choisi d'autres moyens pour administrer les provinces occupées : les Serbes orthodoxes obtinrent l'autonomie religieuse et scolaire en 1905, les musulmans bosniaques quelques années plus tard (1909).(23)

L'annexion de la Bosnie-Herzégovine en octobre 1908, vigoureusement contestée par la Serbie et de Monténégro comme la violation unilatérale du Traité de Berlin, créa un nouveau fossé entre les Serbes favorables à l'union avec la Serbie et le bloc croato-musulman : les Croates étaient favorables à l'annexion visant la création d'une troisième unité fédérale au sein de la Monarchie : une unité des Slaves du sud avec Zagreb à sa tête; les Musulmans, après les vives émotions pro-turques ont accepté la nouvelle réalité politique. Cette annexion avait pour but d'empêcher les aspirations politiques des Serbes de Bosnie-Herzégovine, de Serbie et du Monténégro, d'avoir un avenir commun.(24)

Néanmoins, les Serbes ont, comme le ministre français a Belgrade l'a noté, continué à compter sur l'unité culturelle de tous les Serbes : "A notre époque d'expansion, les frontières et la formation d'Etats ne parviennent pas à décomposer les nationalités, qui forment moralement, une unité vivante. Indifférents aux faits politiques, les Serbes n'ont d'autre désir que de travailler au développement de cette unité, dans l'avenir, par l'unification de la culture nationale. La souveraineté personnelle de l'Empereur François-Joseph ne les inquiète guère en Bosnie ; ils n'ont d'autre aspiration que de voir ce pays maintenir une autonomie revêche, à la fois contre les Allemands et les Hongrois, à l'écart même des Serbes de Hongrie, Croatie et Dalmatie, où l'idée démocratique a souffert d'un trop long contact avec le système aristocratique de la monarchie austro-hongroise. En conservant intacts les deux blocs ethniques, purement jougo-slaves, constitués par le royaume (de Serbie) et par le Bosnie, en y entretenant, par leur culture propre, les idées nationale et démocratique, intimement liées l'une à l'autre, les Serbes de la génération présente croient assez faire, jusqu'à nouvel ordre, en vue d'assurer l'avenir de leur race. Ils se sentent très attirés depuis quelque temps, par l'exemple de l'Alsace-Lorraine, où une communauté peu nombreuse, s'appuyant sur la base démocratique et nationale, et par le seul moyen de la culture française, réussit à s'affirmer efficacement dans le cadre d'un organisme impérial très fort."(25)

La conséquence immédiate était une nouvelle alliance en formation depuis 1910, favorisée par le gouvernement austro-hongrois, cette fois entre les Musulmans et les Croates, alliance dirigée contre les prétentions serbes. Les tentatives de refoulement des Serbes n'ont donné de résultat ni dans une institution qui, comme c'était le cas du Sabor (Diète), se trouvait sous le contrôle étroit des autorités. En mai 1911, le journal "Pregled" de Sarajevo, analysant les travaux du Sabor bosniaque, a énoncé les raisons qui étaient à l'origine de l'opposition serbe s'opposaient au gouvernement tandis que les musulmans et les Croates lui étaient favorables. Les députés serbes protestaient en raison "du comportement des autorités à l'égard du peuple serbe, au sein du Sabor et en dehors de Sabor... en raison du comportement des autorités à l'occasion du mouvement agraire qui se déroulait dans le calme en Bosnie du nord, et enfin en raison des bases légales du rachat facultatif des serfs." Musulmans et Croates, en tant que deux groupes au sein du Sabor, ont voté en faveur des propositions du gouvernement et ce pour deux raisons : "en raison des concessions dans l'affaire des serfs qui ont été faites par les musulmans et de la concessions sur la question linguistique qui a été placée parmi les expectatives des députés croates. Il faut y ajouter à cela la très faible, pour ne pas dire inexistante, force d'opposition des députés croates, de même que celle de l'ensemble de l'élément catholique dans notre patrie à l'égard du gouvernement, du grand respect à l'égard des autorités, qui infecte fortement l'élément musulman, lui aussi."(26)

En janvier 1912, le même journal "Pregled" écrivait : "Le Sabor de Bosnie et Herzégovine ne peut pas fonctionner du moment où l'alliance musulmano-croate s'est créé, depuis qu'a pris fin 'l'hégémonie serbe'. La raison du disfonction du Sabor doit être recherchée non pas tant dans l'alliance elle-même que dans la tendance qui lui a donné naissance. L'issue en sont découle des crises qui freinent tout fonctionnement. On voulait briser l'hégémonie serbe, ce qui a été publiquement reconnu par l'un des créatures de l'alliance, le Dr. Sunaric..."(27)

En outre, les relations tendues par la question agraire (les Serbes étaient en majorité toujours les serf des beys locaux avec une possibilité financière très défavorable pour racheter la terre) entre les Serbes et les musulmans se détériorèrent lors de la Première Guerre balkanique (1912) menée avec succès par la Serbie et le Monténégro contre l'empire ottoman - centre spirituel étatique et religieux des musulmans bosniaques. Les Serbes de Bosnie, et parmi eux également ceux considérés comme des collaborateurs loyaux des autorités austro-hongroises, ont fait, après les victoires serbes, une déclaration considérée à Vienne comme étant une dangereuse manifestation d'une oeuvre subversive : "Les sacrifices exemplaires et les brillantes victoires de l'armée serbe ainsi que le niveau élevé de la vie culturelle dans le royaume de Serbie s'imposent pleinement pour que le Royaume (de Serbie) s'empare des régions serbes qui s'étendent jusqu'à l'Adriatique. L'attitude de la diplomatie austro-hongroise qui, pour les Albanais anticulturels (allusion à l'expulsion des Serbes du Kosovo-Metohija par les Albanais) demande des droits d'autonomie bien qu'elles les refuse aux Slaves du Sud au sein de son Etat, qui par son comportement s'efforce d'empêcher la Serbie de jouir du fruit de ses victoires, cela provoque la plus grande amertume dans toutes les couches de la société serbe en Bosnie et en Herzégovine. Exprimant des sentiments fraternels et admiration à leur frères en Serbie et au Monténégro, les membres serbes du Sabor de Bosnie-Herzégovine accomplissent ainsi leur saint devoir, persuadés de présentent ainsi l'expression la plus fidèle des sentiments actuels de tout le peuple serbe en Bosnie et Herzégovine."(28)

A cette solidarité l'administration austro-hongroise répond par les "mesures d'exceptions" suivies d'une série des procès politiques montés pour "haute trahison", contre les membres de presque toutes les associations culturelles et religieuses serbes. La réaction des autorités a été résumée comme suit dans le journal "Pregled" en 1913 : "Les Serbes... ne peuvent désirer rien d'autre que de voir les royaumes serbes agrandis, renforcés, puissants... et les adversaires des Serbes, qui continuaient d'oeuvrer de toutes leurs forces afin de faire sous-estimer le peuple serbe, et diminuer le poids des victoires de l'armée serbe... l'hebdomadaire croate est en cela au premier rang... les écrits contre les Serbes, les calomnies ne sont pas restés sans conséquences. Bien que nous nous trouvions dans une ère (formellement) constitutionnelle, le peuple serbe en Bosnie-Herzégovine est exposé tout ce temps-ci, depuis que la guerre (balkanique) a éclaté, a des persécutions incessantes de toute sorte, qui sont bien pires qu'à la pire époque de Kallay. En plusieurs lieux sont apparus des 'coupables de haute trahison'. A Banja Luka, à Sarajevo, Mostar et dans d'autres villes, de nombreuses personnes ont été jetées en prison et s'y trouvent toujours d'ailleurs. On a cherché partout des armes. Les églises n'ont même pas été épargnées... Le peuple serbe de Bosnie-Herzégovine supporte tout cela. ...Des hommes sont condamnés à de longues peines d'emprisonnement et de travaux forcés, et c'est simplement noté. Nous ne sommes pas une partie constitutive et égale en droits de la Monarchie, mais bien une colonie de la Monarchie."(29)

Les musulmans bosniaques, très attachés aux traditions ottomanes, ont exprimé leur solidarité avec l'empire ottoman, plutôt qu'avec les Serbes qui ont salué les victoires d'alliance balkanique contre l'armée du Constantinople. Une tentative isolée de nouveau rapprochement des musulman avec les Serbes a été le fait de Sukrija Kurtovic, originaire de Herzégovine, appartenant u un groupe de jeunes intellectuels musulmans qui, ne reconnaissant pas la religion en tant que nationalité, essayait de prouver que les musulmans bosniaques doivent bâtir leur avenir au sein de la nation serbe, dont ils sont, en majorité, originaires. Dans une brochure intitulée "De la nationalisation des musulmans", Kurtovic attirait l'attention sur "le danger pour l'élément musulman si on ne met pas fin de façon radicale à ses préjugés et, si on ne suit pas un nouveau chemin, une voie qui le ramènera au peuple serbe, dont les siècles et l'histoire l'ont séparé ..." Kurtovic considérait que l'occupation en 1878, du point de vue pratique, et par l'annexion en 1908, du point de vue formel, l'élément musulman était, sur le plan politique, sorti de sa communauté d'esprit avec l'empire ottoman, pour être coupé par la Première Guerre balkanique de 1912 de Constantinople du point de vue géographique également, entrant, volens nolens, dans le corpus des rapports serbo-croates. Kurtovic a mis en évidence l'erreur qui découle de la croyance que l'islam et la Turquie sont partie d'un même ensemble, ajoutant qu'il faut établir la différence entre l'islam, en tant que religion, et la Turquie qui est en voie de devenir un l'Etat-nation, proche des musulmans de Bosnie autant que l'est la Perse, et en posant la question de savoir pourquoi les Turcs leur seraient-ils plus proches que les autres musulmans, en Perse, en Inde ou en Chine : "Nous autres, serbes musulmans, n'avons rien à espérer de la Turquie, nous n'avons rien en commun avec les Turcs si ce n'est la religion, et rien ne peut plus nous unir à eux, bien au contraire." Condamnant l'espoir presque fou en la Turquie qui régnait parmi les musulmans de Bosnie, depuis les féodaux qui exploitaient habilement les sentiments religieux de la masse musulmane inculte, Kurtovic mettait en garde contre la chimère dangereuse qu'il y a de placer les intérêts religieux au-dessus des intérêts politico-nationaux. Ayant présent à l'esprit le rapprochement des l'élites éclaire parmi des Serbes et Croates, basé avant toutes choses sur leur intérêts et leurs priorités nationales il soulignait que la meilleure voie était "le rapprochement national et le travail en commun avec les autres membres de la même tribu, de confession différente."(30)

Le défi du yougoslavisme

Un nouveau modèle national, celui du yougoslavisme apparut dans les rangs des étudiants, des écoliers et de l'élite éclairée. Le yougoslavisme donnait une possibilité de résoudre le conflit serbo-croate et serbo-musulman, car il s'inscrivait dans un cadre plus large, réconciliant les différentes communautés grâce à la langue commune, la parente ethnique et aux moeurs proches. Le yougoslavisme répondait, d'autre part, à la nécessité de faire front contre la suppression des droits collectifs des Slaves du Sud au sein de la Double Monarchie et de l'expansionnisme germanique dans les Balkans. C'est ainsi que naquit une idéologie yougoslave unitaire - celle d'un peuple yougoslave composé de trois tribus très proches, serbe, croate et slovène. Cette idéologie était une combinaison du neo-slavisme à la tchèque et du modèle politique à la piémontaise. Pour les Serbes et les Croates c'était le moyen de résoudre leur rivalités politiques; pour les musulmans bosniaques, c'était l'occasion de repousser au second plan leur appartenance religieuse au profit de leurs racines slaves. Le centre politique de ce mouvement conçu par les Croates éclaires de Dalmatie sensibles au modèle italien et par des étudiants croates et serbes formés à Prague sous l'influence de Thomas Masaryk était, pour la première fois, le Royaume de Serbie.

Quelques années après le retour de la Maison des Karadjordjevic au trône en 1903, la Serbie, un royaume constitutionnel avec des institutions démocratiques et des libertés politiques relativement stables, adopta une politique yougoslave, ce qui était ainsi un moyen de réaliser ses projets - rassembler tous les Serbes sous le même toit que les Croates et les Slovènes pour faire contrepoids à l'expansionnisme germanique. De cette conjoncture politique, une opposition à la politique de discorde et d'intolérance religieuse menée par l'Autriche-Hongrie apparut en Bosnie et Herzégovine.

Plusieurs organisations de jeunes pro-serbes et pro-yougoslaves en Bosnie choisirent dès 1910 la voie du terrorisme individuel, en organisant six attentats contre les hauts fonctionnaires austro-hongrois, mais un seul attentat aboutit : celui organisé en juin 1914 par les membres de "Jeune Bosnie"(31), une association secrète de tendance yougoslave : l'attentat contre l'héritier du trône des Habsbourg l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo .

L'alliance croato-musulmane (1914-1918)

La Première Guerre mondiale, qui, du fait de l'Autriche-Hongrie, prit la forme d'une guerre totale contre les Serbes, aggrava encore plus les relations entre les trois communautés en Bosnie-Herzégovine. La coalition musulmano-croate contre les Serbes montra encore une fois, en dépit du développement de l'idée yougoslave parmi les jeunes générations, que le système de coalition de deux des communautés contre la troisième constituait la pratique politique dominante et durable en histoire de la Bosnie-Herzégovine.

Les menaces ouvertes sont suivies des massacres: le 3 juillet 1914, le journal croate Hrvatska écrivait : "Le peuple annonce aux Serbes une lutte à mort et leur expulsion de Bosnie-Herzégovine", pour exprimer le même objectif d'une manière plus radicale trois semaines plus tard (le 29 juillet) : "Nous devons leur régler leur compte une fois pour toutes et les détruire... Les Serbes sont des serpents venimeux dont on ne peut être garanti qu'une fois qu'on leur à coupé la tête..."(32) Les autorités austo-hongroises ont formé les forces spéciales paramilitaires ( Schutzkorps) qui , composés des volontaires croates et musulmans, exécutaient sans jugement tous les Serbes suspects en Bosnie-Herzégovine. Après la proclamation de la guerre sainte à Constantinople contre les ennemis de Triplice, "le mufti de Tuzla, de même que les autres notables bosniaques (musulmans) ont adressé au sultan un télégramme où ils informent le calife que la nouvelle de la guerre que le sultan a entreprise contre les oppresseurs de l'islam a réjoui les coeurs des tous les fidèles..." Les tribunaux d'exception, les déportations, la destruction systématique des institutions culturelles serbes, de nouveaux procès pour "haute trahison" contre les Serbes en Bosnie-Herzégovine ont été opérés avec complicité des Croates et Musulmans.(33)

 

 

Les enjeux yougoslaves : les alliances toujours instables

La Yougoslavie fut crée en 1918, au nom du droit à l'autodétermination des Yougoslaves qui déniait toute légitimité à l'Etat multi-ethnique, certes dualiste au sens politique, qu'était l'Autriche-Hongrie. L'Etat des Slaves du Sud était censé fondre des peuples proches tant sur le plan ethnique que linguistique dans un nouvel ensemble, sans tenir compte des différences religieuses. Selon les élites éclairées croate et serbe du XIXème siècle, une nouvelle identité, yougoslave, devait être forgée. Cependant, les différences religieuses entre des peuples qui n'avaient pas atteint le même degré d'intégration nationale, ont rendu impossible la formation selon le modèle français du melting-pot d'une nation yougoslave.

L'entrée de la Bosnie-Herzégovine dans l'Etat commun yougoslave plaça celle-ci dans le contexte des relations très tendues entre les Serbes et les Croates. Les Serbes de Bosnie de façon naturelle se lièrent avec Belgrade, tandis que les Croates de Bosnie utilisaient le nouveau cadre étatique pour poursuivre leur homogénéisation nationale. L'identité des musulmans bosniaques balançait entre l'appartenance religieuse, les traditions ottomanes, l'identité régionale et leurs racines slaves. Partagés après 1918 entre les intérêts opposés des Serbes et des Croates, ils se tournèrent vers le plus fort : vers la Cour et le gouvernement de Belgrade qui accorda certaines concessions aux riches beys bosniaques dans le cadre de la reforme agraire.

Une alliance serbo-musulmane se forma cette fois-ci contre le séparatisme croate au sein de l'Etat commun. Tiraillés entre les Serbes en tant que les gardiens d'unité yougoslave et les Croates en tant que champions du nationalisme, les musulmans bosniaques se tournaint de plus en plus vers une identification régionale et religieuse.

Un politicien serbe de Bosnie à bien constaté la disproportion entre l'état arriéré économique et politique de la Bosnie imprégnée par ses "puissantes séparations religieuses"; et à la démocratie, qui fournit la quantité sans qualité correspondante : "On recherchait de bons 'agents électoraux racoleurs' et des serviteurs de partis, au lieu de rechercher et de former de bons activistes politiques qui feront des hommes d'Etat. Les musulmans et les catholiques ont su rapidement s'y retrouver : ils se sont retirés et regroupés en communautés religieuses, ou plus exactement tribales. Seuls les Serbes orthodoxes sont restés divisés entre les partis politiques... La politique de la Bosnie dépend de la politique générale de l'Etat... Les Serbes et Croates y vivent entremêlés. Outre cela par leur politique d'oscillation entre les uns et les autres ils ajoutent à l'impossibilité qu'une seule idée fondamentale règne en Bosnie, et sans elle toutr action bosniaque dans l'intérêt de l'Etat n'est qu'illusion."(34)

Le 26 août 1939, l'accord entre le premier ministre Dragisa Cvetkovic et Vladko Macek, successeur de Stjepan Radic (depuis 1928) à la tête du Parti paysan croate (HSS), a été signé en vue de la formation de la Banovina Hrvatska (banovine de Croatie) qui - par la jonction des banovines Primorska ( Dalmatie) et Savska (Croatie-Slavonie), auxquelles ont été ajoutés les cantons de Derventa et de Gradacac de la banovine de Vrbas, Travnik, Fojnica et Brcko de la banovine de Drina (ainsi que Dubrovnik de la banovine de Zeta, et Sid et Ilok de la banovine de Dunav) - fut établie en tant qu'une unité quasi-fédérale au sein du Royaume de Yougoslavie. Treize cantons de la Bosnie-Herzégovine, telle qu'elle était dans ses frontières austro-hongroises, ont été affectés à la banovine de Croatie avec une tendence à poursuivre, à l'avantage des Croates, la délimitation entre les Serbes et Croates en Bosnie. Les dirigeants serbes affirmaient que l'accord avait été conclu ignorant les représentants légitimes du peuple serbe (le ministère du D. Cvetkovic été nomé par la Cour) et demandaient la révision. Les Serbes des districts de Derventa, Gradacac, Mostar et Brcko exigeaient que leurs districts ne fassent pas partie de la banovine de Croatie, c.-à-d.. qu'ils restent au sein de l'unité serbe qu'il fallait former en tant qu'unité fédérale. Les Serbes de Brcko ont expliqué qu'ils ne s'opposent pas à l'accord avec les Croates à condition que cet accord "ne soit pas taillé de telle sorte qu'il soit uniquement au profit d'une partie et qu'aux autres il n'apporte que le désistement, les dommages, la douleur et l'amertume."(35)

Le parti musulman (JMO) a immédiatement demandé que la banovine de Croatie rende les cantons bosniaques. Condamnant les demandes serbes de rattacher les cantons à majorité serbe tant en Bosnie qu'en Herzégovine, à une unité serbe, le parti paysan croate a formellement soutenu les demandes des musulmans de l' autonomie pour la Bosnie, affirmant que ce problème devrait être examiné à la lumière du fait que les musulmans appartiennent exclusivement à la population croate. Cependant, tandis qu'une partie des musulmans collaborait tactiquement ou sincèrement avec Zagreb, il y avait d'autres musulmans, qui considéraient que la Bosnie avec la Herzégovine doit revenir à la Serbie, en raison également des liens des musulmans de Bosnie avec la population musulmane de Serbie. Les partis politiques serbes condamnaient les aspirations croates qui, selon les besoins, étaient fondées sur des critères historiques, ethniques et autres, cependant que les partis serbes proposaient exclusivement le principe national en tant que modèle pour la délimitation. Selon les évaluations démographiques fin-1939, en Bosnie-Herzégovine les Serbes orthodoxes constituaient la majorité relative : 44,8% d'orthodoxes, proportion qui montait à 52,9% après la cession des cantons attribués à la banovine de Croatie.

L'alliance croato-musulmane renouvellée : les massacres et les vengeances

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le plupart de chefs musulmans se rangèrent du côté des Croates qui formèrent, sous la direction des oustachis (les fascistes croates) l'Etat indépendant de Croatie englobant toute la Bosnie-Herzégovine avec environ deux millions de Serbes orthodoxes. Selon l'idéologie officielle, les musulmans bosniaques étaient considérés comme la "fleur de la nation croate" depuis que l'idéologue croate d' Ante Starcevic au XIXème siècle, considérait les musulmans comme "la plus ancienne noblesse d'épée d'Europe". L'alliance croato-musulmane aboutit, comme lors de la Première Guerre mondiale, mais cette fois sur une plus grande échelle, à la persécution massive des Serbes. Au nom de la pureté nationale et confessionnelle, soutenus par une partie importante de clergé catholique croate, les oustachis d'Ante Pavelic tuèrent, selon les sources allemandes et italiennes, 300 à 700 mille Serbes orthodoxes, en convertirent de force au catholicisme près de 240 mille, et en déportèrent environ 180 mille en Serbie.(36) Les plus grands massacres furent commis en Herzégovine, en Bosnie et dans la Krajina (Confins militaires) voisine. Sur l'ensemble du territoire de l'Etat indépendant de Croatie, pendant les cinq ans du régime oustachi, près de 400 églises et monastères serbes ont été démolis.(37)

Un témoin occidental écrivait que "non seulement le bas clergé (catholique) toléra ces massacres mais encore il en fut le complice. Comment admettre que le mysticisme religieux, même extrémiste et primitif, puisse s'allier à l'assassinat?"(38) Sur le plan pratique, l'extermination des Serbes orthodoxes était vraiment soutenue par le clergé catholique croate : "Le 21 mai 1941 se présentent chez le commandant de la division italienne 'Sasari' stationnée dans le ville de Knin, trois individus dont un moine franciscain, le frère Simic. Ils déclarent qu'ils sont désignés par le gouvernement de Zagreb pour assurer l'administration civile dans la région. Le général italien leur demande quelle sera leur ligne de conduite sur le plan politique. Le franciscain répond : tuer tous les Serbes le plus rapidement possible, c'est notre programme." (39) Les évêques catholiques ont eux aussi, salué les conversions forcées des Serbes orthodoxes, mais certains, comme l'évêque de Mostar, n'ont pas accepté tous les méthodes des oustachis : "A un moment donné nous espérions obtenir la conversion au catholicisme d'un grand nombre de schismatiques (Serbes orthodoxes) ; mais le membres du mouvement oustachi ont abusé de leur pouvoir ; ils ont excité les mauvais instincts des masses ; ils ont spéculé sur le côté sombre de l'homme, de sorte que les horreurs épouvantables en ont résulté. Il n y a plus aucun remède à ce mal ; des hommes ont été traqué comme des fauves ; ils ont été égorgés, mutilés, ou précipité, encore vivants parfois, dans les précipices. Des femmes, des mères de famille avec leurs enfants dans leur bras, des jeunes filles, des enfants des deux sexes, ont été également jetés dans des ravins profonds."(40) Mais le même évêque a noté que "la cause croate et la sainte cause catholique... D'une minorité que nous sommes encore en Bosnie-Herzégovine, nous pouvons avoir la possibilité de devenir bientôt une majorité."(41)

A l'exception d'une mince couche d'étudiants et d'une petite partie de l'intelligentsia éclairée, les musulmans se rangèrent, pendant la guerre, du côté des oustachis , formèrent des milices musulmanes, ou entrèrent dans les rangs de la 13. division SS "Handjar" (1943-1945). Selon l'historien musulman Enver Redzic, le groupe de dirigeants musulmans prônait une politique visant à "faire de la Bosnie-Hezégovine, une terre croate ethniquement pure par le nettoyage des Serbes." (42) Un certain nombre d'orthodoxes était converti à l'Islam. Le Reis-el-ulema requiert que "les convertis qui passent à l'Islam soient traités de la même manière que ceux qui reçoivent la foi catholique."(43) Cependant, soumis à l'assimilation par les Croates, certains chefs musulmans tentèrent d'obtenir de Hitler la création d'une Bosnie musulmane autonome sans les régions à majorité croate ou serbe à l'ouest et à l'est.

En Yougoslavie communiste : les alliances toujours

Avec le soutien décisif de Moscou, la Yougoslavie fut restaurée sous la forme d'une fédération communiste selon le modèle soviétique. La reconnaissance de nouvelles nations, après 1945, - les Macédoniens (d'après un critère linguistique), les Monténégrins (pour leur tradition étatique), les Musulmans (en 1971, selon un critère religieux) - avait pour but d'établir un équilibre entre les peuples dans la nouvelle fédération, afin d'éviter, selon les communistes, la domination politique et militaire des Serbes qui avait caractérisée le Royaume de Yougoslavie.

Le nouveau leader de la Yougoslavie communiste et fédérale, le Croate J. B. Tito, insistait sur le fait que les frontières entre les républiques n'étaient que des lignes de jonction entre les peuples et les minorités nationales. Lors du congrès constituant du Parti communiste de Serbie en mai 1945, Tito expliqua ainsi la création de la République de Bosnie-Herzégovine : Divers éléments, anciens scribes ou greffiers, disent que Tito et les communistes ont déchiré la Serbie. La Serbie est en Yougoslavie, or nous ne souhaitons pas créer à l'intérieur de la Yougoslavie des Etats qui se feront la guerre. Si la Bosnie-Herzégovine est égale (aux autres), si ses habitants ont leur unité fédérale à eux, alors nous n'avons pas déchiré la Serbie mais rendu heureux les Serbes en Bosnie, ainsi que les Croates et les musulmans. Il ne s'agit que d'une division administrative."(44) Mais, le célèbre dissident yougoslave, Milovan Djilas, l'un de plus proches de Tito entre 1941 et 1953, reconnut, cependant, dans une interview à "Le Monde" en 1971, que la répartition des Serbes dans cinq des six républiques en 1945 avait pour but d'affaiblir "le centralisme et l'hégémonisme des Serbes" qui constituaient "l'obstacle le plus sérieux au communisme".(45)

Après deux décennies de système centraliste (1945-1966), incarné par l'omnipuissance des services secrets, le système fédéral devint une réalité avec l'adoption d'amendements constitutionnels (en 1968 et 1971), puis d'une nouvelle Constitution (en 1974). Selon les plans de l'idéologue slovène, Edvard Kardelj, fut adopté un modèle de national-communisme qui faisait des partis communistes des républiques et provinces les détenteurs de la souveraineté nationale et étatique.(46) Ce système supposait une homogénéisation nationale, processus qui se fit, dans la Bosnie-Herzégovine multi-ethnique, dans le sens de la création d'un Etat national des musulmans bosniaques. Les musulmans dès 1968, définitivement depuis 1971, obtinrent leur identité nationale. Il est paradoxal que, dans un Etat communiste, une nouvelle nation se soit formée selon un critère purement confessionnel.(47) La transformation de la Bosnie en Etat national des musulmans a produit une nouvelle alliance croato-musulmane visant à empêcher la domination des Serbes au sein de la Yougoslavie, du fait de leur nombre important dans les différentes républiques yougoslaves, en particulier en Croatie et en Bosnie.

L'idéologie nationaliste, encouragée par le national-communisme, se cristallisait autour de l'appartenance religieuse. Hors du cadre national-communiste (des républiques ou des provinces), les Eglises s'imposaient dans les milieux multi-confessionnels comme les défenseurs des intérêts nationaux. L'islam fut utilisé par les autorités locales national-communistes pour légitimer l'aspiration des musulmans bosniaques à faire de cette république l'Etat national des Musulmans. Cependant, en Bosnie-Herzégovine, trois identités s'entremêlent : d'abord l'identité yougoslave, seul cadre possible permettant un équilibre inter-ethnique, une identité régionale, plus marquée dans les zones urbaines, et enfin, une identité religieuse, caractéristique des campagnes. Malgré l'existence d'une population mixte qui ne se sentait que yougoslave, la fédération commença à ressembler à une union d'Etats rivaux que liaient, de l'intérieur, la main de fer de Tito et, de l'extérieur, la menace soviétique.

Dès désintégration à la guerre

La principale cause du démembrement accéléré de la Yougoslavie après la mort de Tito (en 1980) et la disparition de l'URSS, fut, outre les vieilles rivalités nationales et la défiance existant entre les communautés confessionnelles, le modèle titiste de national-communisme. Il multiplia les nomenklaturas nationalistes qui, souvent apparatchik d'hier, s'imposant comme les défenseurs d'intérêts nationaux contraires, contaminèrent par leurs rivalités les couches inférieures de la population, jamais réconciliées d'une manière démocratique sous l'autorité libérale.

Le démembrement de la Yougoslavie (1990-1991) a rouvert la question de l'existence de la Bosnie-Herzégovine où, en dépit l'apparente stabilité de la coalition entre Croates et musulmans bosniaques, s'affrontent plusieurs aspirations nationales. Les Serbes et les Croates ont voulu que les régions où ils étaient majoritaires soient rattachées à la Serbie et à la Croatie, tandis que les Musulmans, pour des raisons stratégiques, ont tenté de préserver l'intégralité de la Bosnie. Les musulmans constituent 44% de la population et ils leur auraient fallu encore au moins dix ans pour constituer une majorité absolue - plus de 50% de la population - ce qui leur aurait donné une légitimité pour dominer la Bosnie. Les Serbes, n'ayant plus le cadre protecteur de la Yougoslavie, n'ont plus eu d'autre choix, pour faire face à l'alliance croato-musulmane, que de se lier à tout prix à la Serbie. Les Croates, dès le processus de désintegration de la Yougoslavie communiste, utilisèrent l'alliance avec les musulmans pour renforcer leur position face à la Serbie qui dominait l'armée fédérale. Les Musulmans, soutenus par les Croates, visaient à réaliser au niveau de leur république ce qu'ils refusaient auparavant au niveau de l'Etat fédéral par crainte d'une domination serbe - la prépondérance de la population la plus nombreuse.

Les élections tenues le 18 novembre 1991 ont clairement montré que la Bosnie-Herzégovine était nettement partagée selon des lignes nationales et confessionnelles. Sur 240 sièges le Parti d'action démocratique (SDA-musulman) enleva 86 sièges, le Parti démocratique serbe (SDS) 75, et la Communauté démocratique croate (HDZ) 44 sièges. Le leader du parti musulman (SDA), Alija Izetbegovic, est devenu président de la Présidence collégiale pour un an seulement. Aux termes de la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, c'était une présidence tournante d'un an, chacun des trois partis représentant une des communautés nationales. Izetbegovic est devenu célèbre avec ses ouvrages "la Déclaration islamique" de 1970 et "L'islam entre l'Est et l'Ouest", publié d'abord aux Etats-Unis en 1984; il avait été condamné pour ses écrits à 14 ans de détention: "La déclaration islamique" a été rééditée en 1990 en tant que manifeste électoral, deux ans après la parution de "L'Islam entre l'Est et l'Ouest" en Bosnie (1988), au lendemain de sa remise en liberté. Dans ces deux livres, il explique que l'islam ne peut coexister avec d'autres religions dans un même Etat si ce n'est comme un expédient à court terme. Après être devenus suffisamment forts dans un pays quel qu'il soit, les musulmans doivent s'emparer du pouvoir et créer un Etat purement islamique : " Il n'y a pas de paix ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques... L'islam exclut clairement le droit et la possibilité de la mise en oeuvre d'une idéologie étrangère à son territoire", écrivait Izetbegovic dans "la Déclaration islamique".(48) Izetbegovic naviguait habilement entre deux options contraires : sur le plan intérieur, pendant toute une année, il a promis à ses partisans un Etat islamique, tandis que sur le plan extérieur, il mettait en avant l'idée d'un Etat laïc, multi-culturel et multi-ethnique.(49)

Accusant d'intégrisme Izetbegovic et les sommets de son parti, un petit groupe de dirigeants musulmans s'est détaché de ce parti pour former un parti musulman laïc, "l'Organisation musulmane bosniaque" (la MBO). Ils ont conclu un accord en août 1991 avec le président de Serbie Milosevic à Belgrade, accord garantissant les frontières internes de la Bosnie-Herzégovine si elle restait au sein d'une Yougoslavie réduite. Les liens étroits entre Izetbegovic et les régimes fondamentalistes et théocratiques des pays islamiques ont ajouté à la méfiance régnant entre les membres des différentes communautés et nations en Bosnie-Herzégovine.

Dès le début de sa présidence, Izetbegovic a formé une coalition avec les Croates de Bosnie contre les Serbes rejetant tous leurs projets et propositions pour une réorganisation intérieure de la Bosnie-Herzégovine. En février 1991, Izetbegovic, menacé par les députés serbes, a déclaré devant le Parlement à Sarajevo : "Pour la Bosnie souveraine, je sacrifierai la paix, pour la paix en Bosnie, je ne sacrifierai pas la Bosnie souveraine".(50) Entre septembre et novembre 1991, les Serbes ont proclamé six régions autonomes. Après que le parlement de Bosnie a adopté une résolution pour la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine, les députés serbes, en protestant contre la violation de la Constitution (la déclaration sur la souveraineté était adoptée sans l'approbation des Serbes) , ont quitté le Parlement commun et le 26 octobre ont constitué leur propre "Parlement de la nation serbe en Bosnie-Herzégovine". Le 10 novembre, les Serbes de Bosnie ont organisé un plébiscite pour exprimer leur volonté presque unanime de rester au sein de la Yougoslavie (Serbie-Monténégro).

Le 7 décembre 1991, la Commission Badinter a déclaré que la Yougoslavie est "en voie de dislocation", le 16 décembre, elle a défini des critères à remplir pour que les nouveaux Etats soient reconnus et, le 20 décembre, la Bosnie-Herzégovine, ainsi que la Macédoine, ont présenté leurs demandes de reconnaissance internationale. C'était contraire à la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, qui exigeait pour ce faire le consensus entre les trois peuples constitutifs.

En janvier 1992, Izetbegovic a profité de la situation pour violer la Constitution de la République de Bosnie-Herzégovine, en gardant le poste de président de la Présidence collégiale. Pour faire obstacle à la coalition croato-musulmane qui avait l'intention de veiller à la reconnaissance internationale de l'indépendance, ignorant la volonté des Serbes, ceux-ci ont proclamé le 9 janvier "La République serbe de Bosnie-Herzégovine", composée de plusieurs régions autonomes comportant une population majoritairement serbe de 1,3 million d'habitants et s'étendant sur 30 mille km_.(51)

Izetbegovic a aussi rejeté la proposition de la Conférence internationale de la Haye sur la cantonisation de la Bosnie selon les critères ethniques proposée par Jose Cutilliero et signée par les représentants des Croates, des Serbes et des Musulmans. Le référendum, qui, sur la proposition de la Commission d'arbitrage dirigée par Robert Badinter, s'est tenu en février 1992 en Bosnie-Herzégovine, n'a pas donné la majorité des deux tiers nécessaire, selon la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, pour décider de la sécession.(52) Environ 36% de la population, en majeure partie des Serbes, ont boycotté ce référendum sur l'indépendance. (Environ 63,7% d'électeurs, selon les sources musulmanes, se sont prononcés en faveur de l'indépendance de Bosnie-Herzégovine).

Le jour de la reconnaissance internationale, le 6 avril 1992, la guerre civile a éclaté. Un accord croato-musulman portant sur une coopération militaire a été signé à Zagreb le 18 mai 1992 ; et, le 3 juillet 1992, les Croates de Bosnie ont proclamé leur propre entité politique ("Herceg-Bosna") sur environ 13 % du territoire bosniaque. L'alliance croato-musulmane contre les Serbes de Bosnie ne peut être durable, même si la pression internationale, particulièrement américaine (accord de Washington du 18 mars 1994, l'accord de Dayton du novembre 1995, puis traité de Paris du décembre 1995), a garanti son maintien.(53) Sans la majorité musulmane nécessaire pour former un Etat stable, et sans le consentement des Serbes et des Croates, la Bosnie-Herzégovine, Yougoslavie en miniature, ne peut survivre au démantèlement de la Yougoslavie fédérale.

 

 

 

  1.  
    1. Bozidar Ferjancic, Vizantijski izvori za istoriju naroda Jugoslavije, knj. 2, Beograd, Srpska akademija nauka 1959; Gyula Moravcsik, Constantine Porphyrogenitus De Administrando imperio (traduction anglaise de R. H. J. Jenkins), Washington, Dumberton Oaks 1967.
    2. Cf. Dusan T. Batakovic, The Serbs of Bosnia-Herzegovina. History and Politics, Paris, Dialogue 1996.
    3. Sima M. Cirkovic, Istorija srednjovekovne bosanske drzave, Beograd, Srpska knjizevna zadruga 1964.
    4. Le meilleur spécialiste pour l'islam balkanique, Alexandre Popovic a souligné que l'un des mythes consiste "de façon romantique et anti-historique (c'est-à-dire sans l'ombre d'une source acceptable à appui, mais à grand renfort d'élucubration idéologiques et pseudo-savantes) que ce groupe musulman, (qui s'est constitué pourtant petit à petit, par un nombre de mixtures incalculables, opérée pendant cinq siècles de présence ottomane dans ces régions) tire ses origines d'un groupe compact (36 000 familles très précisément !) qui vivait en conflit idéologiques et religieux ouverts avec les régimes chrétiens régnant locaux, a savoir le groupe des Bogomiles, auxquels l'arrivé des Ottomans offrait enfin une chance de se réaliser pleinement face au monde chrétien... ( Alexandre Popovic, "Représentation du passé et transmission de l'identité chez les musulmans des Balkans. Mythes et réalités", dans : "Les Balkans à l'époque ottomane", Revue du Monde musulman et de la Méditerranée, n° 66, Aix-en-Provence 1992, pp.139-144. )
    5. Vladimir Corovic, Historija Bosne, Beograd, SKA, Posebna izdanja knj. CXXIX, Drustveni i istorijski spisi, knj. 53, 1940, pp. 204-205.
    6. Bat Ye'or, Les chrétientés d'Orient entre jihad et dhimmitude, VII-XXèmes siècle, Cerf, Paris 1991, pp. 212-225.
    7. Robert Mantran (ed.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard 1990, pp. 315-321.
    8. Jovan Radonic, Rimska kurija i juznoslovenske zemlje od XVI do XIX veka, Beograd, Srpska akademija nauka, Pos. izdanja knj. CLV, Odeljenje drustvenih nauka, nova serija, knj. 3, 1950.
    9. Arnold Hottinger, "Milliyet ottoman et nation eurpéenne dans les Balkans, Paris,Liber 1994, pp. 4-6.
    10. Nathalie Clayer, "Des agents du pouvoir ottoman dans les Balkans : les Halvetis"; dans : "Les Balkans à l'époque ottomane", Revue du Monde musulman et de la Méditerranée, n° 66, Aix-en-Province, 1992, pp. 21-30.
    11. Ladislas Hadrovics, Le peuple serbe et son Eglise sous la domination turque, Paris, Biblothèque de la Revue d'histoire comparée, 1947.
    12. Dusan T. Batakovic, The Serbs of Bosnia & Herzegovina. History and Politics, pp. 42-46, 51-54.
    13. Cité dans : D. T. Batakovic, Yougoslavie: Nations, religions idéologies, Lausanne, L'Age d'Homme 1994, p. 72. Cf. Milorad Ekmecic, Der Aufstand in Bosnien 1876-1878, Band I-II, Graz, Historische Institut 1974.
    14. Cf
    15. . D. T. Batakovic, "Prelude to Sarajevo. The Serbian Question in Bosnia-Herzegovina 1878-1914", Balcanica, vol. XXVII, Belgrade 1996, pp. 117-155.
    16. Ministère des Affaires Etrangères (M. A. E.), Nantes, Ambassades et Consulats, vol. 9, Sarajevo, 24 janvier 1897.
    17. Cité dans : D. T. Batakovic, Yougoslavie: Nations, religions idéologies, p. 77
    18. Tomislav Kraljacic, Kalajev rezim u Bosni i Hercegovini (1882-1903), Sarajevo, Veselin Maslesa 1985.
    19. M. A. E., Paris, Nouvelle série, Autriche-Hongrie, vol. 15, Dalmatie et Bosnie-Herzégovine, Belgrade, 20 janvier 1897, annexe : "Oppression des Serbes en Bosnie-Herzégovine"
    20. M. A. E., Paris, Nouvelle série, Autriche-Hongrie, vol. 17, Dalmatie et Bosnie-Herzegovine 1904-1906, Sarajevo, 15 février 1905.
    21. M. A. E., Paris, Nouvelle série, Saint Siège, Politique étrangère, Relations avec les pays balkaniques, II, 1901-1907, vol. 10, Sarajevo 15 avril 1904.
    22. M. A. E., Nantes, Ambassades et Consulats, vol. 12, Sarajevo, 26 janvier 1905.
    23. M.A.E., Paris, Nouvelle série, Autriche-Hongrie. Dalmatie et Bosnie-Herzégovine, vol. 17, Sarajevo, 5 septembre 1906.
    24. Bozo Madzar, Pokret Srba Bosnie i Hercegovine za vjersko-prosvetnu samoupravu, Sarajevo, Veselin Maslesa 1982, pp. 369-383, 418-426; Ferdo Hauptmann (ed.), Borba musliana BiH za vjersku i vakufsko-mearifsku autonomiju, Sarajevo, Arhiv BiH, 1967; Robert Donia, Islam under the Double Eagle. The Muslims of Bosnia-Herzegovina 1878-1914, Boulder Colorado, East European Monographs, Columbia University Press 1980.
    25. Jovan Cvijic, L'annexion de la Bosnie-Herzégovine et la question serbe, Paris, Hachette 1909; pour l'aspect diplomatique : Momtchilo Nintchitch, La crise bosniaque (1908-1909) et les puissances européennes, 2 vol., Paris, A. Costes 1937.
    26. M. A. E.,Paris, Nouvelle série, Serbie, Politique étrangère. Relations avec l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne, III (1907-1914), vol 16, Belgrade, 8 juin 1910.
    27. "Pregled", vol. XI, Sarajevo 1911, p. 79.
    28. "Pregled", vol. XII (1, 1912), Sarajevo 1912, p. 36.
    29. Cité dans Vladislav Skaric, Osman Hadzi-Nuric, Nikola Stojanovic, Bosna i Hercegovina pod austro-ugarskom upravom, Beograd, Geca Kon 1939, pp, 146-147.
    30. "Pregled", vol. XX-XXXI, Sarajevo, 1913, pp. 544-555.
    31. Sukrija Kurtovic, O nacionalizovanju muslimana, Beograd 1914.
    32. Cf.
    33. Vladimir Dedijer, Le route de Sarajevo, Paris, Gallimard 1969.
    34. Cité dans : D.T. Batakovic, Yougoslavie. Nations, religions, idéologies, pp. 119-120.
    35. Ibid
    36. ., pp. 121-123; le bilan de persécutons des Serbes en Bosnie-Herzégovine dans : V. Corovic, Crna knjiga. Patnje Srba Bosne i Hercegovine za vreme svetskog rata, Sarajevo-Beograd, Ed. D. Djurdjevic 1920; Galib Sljivo (ed.) Veleizdajniciki proces u Banjaluci, Banja Luka , Univerzitet & Institut za istoriju 1987.
    37. Dr, Nikola Stojanovic, "O zadatcima Bosne", Letopis Matice srpske, vol. 321, t. 2, Novi Sad 1931, pp. 271-272,
    38. Rijec Srba Brcana povodom pripajanja srezova sjeverne Bosne Banovini Hrvatskoj
    39. , Beograd 1939, p. 7.
    40. Fikreta Jelic-Butic, Ustese i NDH, Zagrebm Liber-Skolska knjiga 1977,
    41. Cf.
    42. D. T. Batakovic, "Le génocide dans l'Etat indépendant croate 1941-1945", Hérodote, n° 67, 4e trimestre 1992, pp. 70-80.
    43. Jean Hussard, Vue en Yougoslavie 1939-1944, Ed. du Haut-Pays, Lausanne 1945, pp.159-160.
    44. Il Tempo,
    45. du 2 à 9 septembre 1953; cité dans : Branko Miljus, La révolution yougoslave, L'Age d'Homme, Paris 1982, p. 86.
    46. Lettre de Mgr Saric, n° 1253/41, cité dans : B. Miljus, La révolution yougoslave, p. 87
    47. Ibid,
    48. lettre n° 968/41.
    49. Enver Redzic, Muslimansko autonomastvo i 13. SS divizija. Autonomija Bosne i Hercegovine i Treci Rajh, Sarajevo, Svjetlost 1987, pp. 11-12.
    50. Ibid.,
    51. p. 20.
    52. Cité en français chez : D.T. Batakovic, Kosovo. La spirale de la haine, Lausanne, L'Age d'Homme 1993, p. 45.
    53. Le Monde
    54. , 30. decembre 1971.
    55. D.T. Batakovic, "Nationalism and Communism, The Yugoslav Case", Serbian Studies, vol. 9, n° 1-2, Washington 1995, pp.35-37.
    56. Alexandre Popovic, "La politique titiste envers les religions et ses conséquences", dans : M. Bodzémir (éd..), Islam et laïcité. Approches globales et régionales, Paris, Editions l'Harmattan 1996, pp. 97-103; cf. aussi : Alexandre Popovic, Les Musulmans yougoslaves (1945-1989). Médiateurs et métaphores, Lausanne, L'Age d'Homme 1990.
    57. Voir la traduction dans: Dialogue, Paris, N° 2/3, septembre 1992, supplément pp. 35-54.
    58. Par ailleurs, il semble que le président nationaliste croate Franjo Tudjman et le leader néo-communiste serbe Slobodan Milosevic aient eu, en mars 1991, un plan de partage de la Bosnie.
    59. Cité dans : Xavier Bougarel, Bosnie. Anatomie d'un conflit, Paris, La Découverte 1996, p. 56.
    60. Cf.
    61. aussi D.T. Batakovic, "Geopolitics of Religion : the Confessional Dimension of Yugoslav Wars, Eurobalkans, n° 22-23, Qthens 1996, pp.
    62. "Amandmani LXII i amandman LXX Ustava SR BiH" ("Les amendements LXII et LXX à la Constitution de la République socialiste de Bosnie-Herzégovine"), dans : Sluzbeni list SR Bosne i Hercegovine, Sarajevo 31. juillet 1990.
    63. Sur l'aspet idéologique dans la fédération croato-musulman en Bosnie : Darko Tanaskovic, "La renaissance de l'idéologie bosniaque", Dialogue, vol 5, n° 20, Paris 1996, pp. 33-45.

  2. Notes: